Le papier toilette fait tellement partie de notre quotidien que nous ne remettons presque jamais son utilisation en question. Pourtant, ses procédés de fabrication, les produits chimiques qu'il contient, et son impact environnemental sont autant de raisons de réfléchir à des alternatives. Découvrez pourquoi le papier toilette peut être nocif pour votre santé, comment il nuit à la planète et, surtout, quelles sont les meilleures solutions saines et écologiques pour le remplacer.
Depuis son invention en Chine au Ve siècle et son industrialisation au XIXe siècle, le papier toilette a peu à peu conquis nos foyers, devenant un élément incontournable de notre quotidien. En France, ce n’est qu’à partir des années 1950 que le « PQ » a véritablement pris sa place dans nos salles de bains, évoluant constamment pour offrir plus de douceur, de confort, et même un esthétisme soigné avec motifs colorés. Mais derrière cette apparente modernité se cachent plusieurs problèmes : des ingrédients nocifs et un impact environnemental préoccupant (pollution des eaux et des airs). Face à ces constats alarmants, il devient urgent de repenser nos habitudes.
La fabrication du papier toilette : beaucoup d’eau, des produits chimiques et des arbres coupés
La fabrication du papier toilette se fait soit à partir de bois, soit à partir de papier recyclé,. Certains papiers toilette sont également fabriqués à partir de fibres alternatives, telles que le bambou ou la paille de blé (un choix plus durable, car recyclant souvent des déchets provenant d'autres industries, telles que l’agriculture). Un Français utilise en moyenne 100 rouleaux de papier toilette par an, alors que 70 % de la population mondiale se passe totalement de ce produit.
À partir de bois : un choix peu durable
En France, 95 % du papier toilette est fabriqué à partir de bois, principalement d'Amérique latine ou de Scandinavie. Pour répondre à une demande massive, 27 000 arbres sont abattus chaque jour à travers le monde, et il faut environ 160 litres d’eau pour fabriquer un seul rouleau. Sur toute une vie, une personne consommera ainsi l’équivalent de 384 arbres en papier toilette. Le bois est d'abord transformé en copeaux, puis cuit avec de l'eau et des produits chimiques pour obtenir de la pulpe de cellulose. Cette pulpe est ensuite nettoyée, blanchie avec de l'eau oxygénée ou des produits chimiques pour éviter le jaunissement, et parfois enrichie de parfums ou de conservateurs. La pâte est alors mélangée avec de l'eau et des additifs, puis étalée sur des tamis pour évacuer l'eau. Après pressage, séchage et enroulement en bobines, elle est découpée, assemblée en couches, perforée, imprimée et finalement emballée en rouleaux.
À partir de papier recyclé : une meilleure option, mais pas sans défauts
Pour fabriquer du papier toilette à partir de papier recyclé, on utilise uniquement du papier de type « feuilles de bureau », et non du papier journal ou des prospectus. Les papiers usagés sont collectés, triés et transformés en pâte avec de l'eau et des produits chimiques dans des pulpeurs. La pâte est ensuite lavée, filtrée et désencrée pour éliminer les résidus de colle, de colorant et d'encre. Un traitement chimique optionnel peut être appliqué pour améliorer la blancheur. La pâte traitée est transformée en rouleaux, pressée, séchée, puis découpée, assemblée et emballée en rouleaux de papier toilette. La fabrication de papier recyclé consomme moitié moins d'énergie que celle du papier traditionnel. Des écolabels, tels que « NF Environnement » en France et « Eco Label EU » en Europe, garantissent une production plus écologique. Le label FSC assure des pratiques de production écoresponsables et éthiques. Cependant, la fabrication reste gourmande en eau et utilise des produits chimiques, nécessitant des stations d'épuration dans les usines.
Rougeurs, démangeaisons, infections à levures, etc. : le problème du papier toilette sur la santé
Nous l’avons vu, la plupart des papiers toilette contiennent des produits chimiques toxiques. Or ces derniers peuvent pénétrer la peau et la circulation sanguine, entraînant divers problèmes de santé. En effet, la région anale et la peau autour du vagin, particulièrement sensibles, sont très vulnérables à ces effets nocifs. Aussi, une utilisation prolongée peut potentiellement entraîner des complications telles que des réactions allergiques (enflure, rougeurs et éruptions cutanées), des infections à levures (notamment vaginales), des micro-abrasions (le papier toilette de mauvaise qualité peut provoquer des coupures et des déchirures microscopiques qui permettent aux infections de se développer) et des démangeaisons (en général, le problème le plus courant). Des cas de dysuries (difficulté à uriner, avec douleurs potentielles) sont également probablement en lien avec l’utilisation de papier toilette parfumé.
Les principaux produits chimiques trouvés et incriminés dans ces problèmes de santé sont :
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le formaldéhyde : il est utilisé pour renforcer la résistance à l’humidité afin d'éviter que le papier toilette ne se décompose trop facilement. Il s'agit d'un agent cancérigène connu, et il a également été démontré qu'il provoquait des irritations et des éruptions cutanées, en particulier au niveau de la vulve (une zone très poreuse et vasculaire). Par exemple, chez la femme, il peut augmenter le risque d’infection vaginale chronique (vulvite vaginale). Les chercheurs ont aussi constaté que les marques de papier toilette épaisses, absorbantes, blanchies et chères sont plus susceptibles de contenir du formaldéhyde que les marques plus fines, bon marché et « grisâtres » ;
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les parfums, colorants ou agents hydratants ajoutés dans certains papiers : tous ces composés sont chimiques. Cela peut perturber le pH naturel des muqueuses et irriter la peau sensible autour de l'anus et du vagin, entraînant des rougeurs, des démangeaisons et des brûlures. Ici aussi, plus le papier toilette est blanc, moelleux et parfumé, plus il est susceptible de contenir des produits chimiques ;
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le BPA (bisphénol A) : il a été détecté dans du papier toilette recyclé. En effet, le BPA est un produit chimique employé comme revêtement dans divers produits en papier et peut donc se retrouver dans le papier recyclé. Ce composé toxique peut persister dans le flux de recyclage et contaminer le papier recyclé, y compris le papier toilette. Le BPA est reconnu pour être un perturbateur endocrinien, c'est-à-dire qu'il peut interférer avec les hormones dans le corps. Il est associé à divers problèmes de santé, y compris des troubles reproductifs, neurologiques, immunitaires et cardiovasculaires ;
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les PFAS. Les PFAS sont une classe de 14 000 produits chimiques utilisés pour rendre les biens résistants à l'eau, aux taches et à la chaleur. Qualifiés de « polluants éternels », ils ne se dégradent pas et sont associés à divers problèmes de santé graves, tels que cancers, maladies rénales et du foie, troubles auto-immuns, etc. Une étude sur 21 grandes marques de papier toilette dans plusieurs régions du monde a suggéré que le papier toilette pourrait être une source majeure de PFAS dans les eaux usées. Bien que les PFAS puissent être absorbés par la peau, il n'existe pas de recherche sur leur absorption pendant l'essuyage, d'où la nécessité de rester prudent ;
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le chlore : il sert à blanchir le papier, mais il peut laisser des résidus et produire des dioxines et furanes toxiques, même à faibles doses. Aujourd'hui, de plus en plus de fabricants adoptent le procédé « sans chlore élémentaire » (ECF), qui réduit les composés chlorés toxiques, comme les dioxines. Certains vont plus loin avec le procédé « totalement sans chlore » (TCF), recourant à des alternatives comme l'oxygène ou le peroxyde, ce qui rend le papier généralement plus doux et moins irritant pour la peau.
Des composés cancérigènes potentiels selon les pays
Une étude menée sur le marché ghanéen (Afrique) a révélé que les papiers toilette contenaient des niveaux élevés de phtalates, d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et de composés organiques chlorés semi-volatils (SVCOC), tous potentiellement nuisibles à la santé. En plus de ces produits chimiques, souvent présents dans les papiers toilette de la plupart des pays en développement en raison d'une production mal réglementée, du goudron, des encres ou des peintures ont également été retrouvés. Lors de l'utilisation, l’ensemble de ces substances toxiques peuvent pénétrer dans le corps par contact cutané et atteindre d'autres organes, augmentant le risque de maladies graves, telles que le cancer colorectal.
5 alternatives au papier toilette
1. La douchette WC portable : l’hygiène optimale à petit prix
Aussi appelée « bidet portable » ou « poire à lavement », la douchette portable est un dispositif simple, nomade et très bon marché qui se pose à côté de la cuvette. Il suffit de remplir le réservoir d’eau, puis de presser le contenant pour faire gicler l’eau par la buse dédiée et, ainsi, se rincer les parties intimes après avoir fait ses besoins. Il existe également des douchettes portables électriques (avec piles ou rechargeables par USB) avec lesquelles il suffit d’appuyer sur un bouton pour faire gicler l’eau. Non seulement cette méthode est plus hygiénique que le papier, mais elle est aussi beaucoup plus douce pour la peau. En évitant le recours aux produits chimiques présents dans le papier toilette, la douchette réduit également les risques d'irritations. Enfin, elle limite considérablement les déchets papier.
2. La douchette fixe : l’accessoire populaire d’Asie et du Moyen-Orient
La douchette WC fixe, très populaire en Asie et au Moyen-Orient, se compose d'un pommeau avec une poignée et d'un tuyau se raccordant facilement au robinet des toilettes. Installée sur le mur ou à côté de la cuvette, elle permet de pulvériser de l'eau pour se nettoyer après utilisation, offrant une meilleure hygiène que le papier seul, qui laisse une fine couche de matière fécale souvent irritante à cause du nid de bactéries et de virus présents. Cet accessoire, moins cher et tout aussi efficace que des WC japonais high-tech, améliore la propreté et aide à prévenir les infections.
3. Les abattants japonais non électriques : une alternative très économique aux WC high-tech
Pour les personnes qui veulent les avantages des toilettes japonaises sans leur coût élevé, des abattants avec buse intégrée offrent une solution économique. Ces kits, jusqu’à dix fois moins chers que les modèles haut de gamme, se branchent directement à l’arrivée d’eau des toilettes et ne nécessitent pas d’électricité. Ils permettent un nettoyage à l’eau efficace grâce à une buse réglable, avec un contrôle simple de la pression de l'eau au moyen d'un bouton. Faciles à installer et à entretenir, ces abattants constituent aussi une option écologique qui réduit l'utilisation de papier toilette tout en améliorant l'hygiène.
4. Le papier toilette lavable et réutilisable : une option zéro déchet
Le papier toilette lavable, fabriqué à partir de tissus 100 % naturels comme le coton ou les fibres de bambou, est réutilisable et vendu en lots de plusieurs feuilles. Certaines marques incluent un sac anti-odeurs pour les feuilles utilisées. Ce produit, idéal pour se sécher en complément d’une douchette ou d’un abattant japonais, peut aussi être utilisé seul après avoir uriné. Après usage, il faut laver les feuilles en machine à 40-60 °C, de préférence avec de l'huile essentielle d'arbre à thé pour bien les désinfecter. Bien que cela soit moins courant, il est également possible de l’utiliser après des selles. Dans ce cas, la « logistique » est plus complexe : le papier peut être stocké dans un contenant ouvert pour éviter la fermentation, et les feuilles saupoudrées de bicarbonate de soude pour atténuer les mauvaises odeurs. Ensuite, il faut laver les feuilles en deux étapes : d’abord un prélavage pour éliminer un maximum de matières organiques, puis un lavage à 60 °C. On peut aussi rincer les feuilles à l'eau, puis les mettre directement à la machine pour un lavage à 60 °C. Le papier toilette lavable est une solution zéro déchet économique, avec un amortissement possible en six mois pour une famille de trois personnes. Il nécessite moins d'eau pour le lavage (50 litres par cycle) comparé à la production d'un rouleau de papier toilette standard (160 litres).
5. Le bidet traditionnel : l'option rétro qui a fait ses preuves
Le bidet, une invention d'origine française, était autrefois présent dans presque toutes les salles de bains, mais il a malheureusement presque entièrement disparu aujourd’hui. Simple à installer, il constitue une solution durable, hygiénique, écologique et peu coûteuse à long terme (il nécessite cependant un peu de place). Pour l’utiliser, rien de plus simple : après votre passage aux toilettes, chevauchez le bidet en vous asseyant face au robinet. En fonction du modèle du bidet, utilisez le jet ou remplissez la cuve d'eau tiède afin de procéder à votre toilette intime.
La sélection
Douchette portable - Boutique bidet portable
Petite, légère et facile à transporter, cette douchette en plastique d’une capacité de 500 ml contient deux buses pour deux jets différents (droit ou angle à 60°), ainsi qu’un bouchon de transport. Une version électrique, rechargeable par USB, est aussi disponible à la vente sur le site de la marque.
18,90 € sur www.boutique-bidet-portable.com
Abattant japonais - Boku
Cet abattant muni de deux buses autonettoyantes permet d’avoir des WC japonais à prix réduit. La puissance des jets d’eau est réglable grâce à un bouton manuel. Fonctionne sans électricité et se monte facilement en seulement dix minutes.
89 € sur www.helloboku.com
La douchette WC - Expert WC
Cette marque française propose un kit complet de douchette WC de qualité supérieure en acier inoxydable, avec une buse anticalcaire et des finitions chromées. Installation rapide sans compétence en plomberie, garantie 3 ans.
79,90 € sur expert-wc.fr
Papier toilette lavable - Saniclean
Rouleau de 20 lingettes réutilisables, conçues avec des fibres de bambou et du tissu-éponge, labélisées OEKO-TEX - standard 100. Lavables en machine à 40 °C et possibilité de les mettre au sèche-linge. Dimension feuille : 31 cm x 12 cm.
29,99 € sur www.saniclean.fr
Rémi Moha
