Vous avez forcément entendu parler de « mauvaises herbes ». Peut-être même avez-vous un jardin et pestez-vous contre ces pissenlits qui saccagent votre beau gazon ? Pourtant, ces plantes mal-aimées pour leur aspect envahissant, tenace et pas toujours esthétique, ont un intérêt thérapeutique certain pour qui veut les utiliser pour sa santé. Caroline Gayet redonne leurs lettres de noblesse à cinq de ces « mauvaises herbes » pour que vous puissiez les voir sous un meilleur jour… et faire de leur envahissement une force médicinale !
Dans le top 10 des plantes les plus détestées des jardiniers, on en retrouve 5 qui sont médicinales : la ronce, la prêle, le plantain, le pissenlit et l’ortie. Ce serait donc un tort que de désherber sans discernement ! Voici leurs vertus.
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La ronce, pour vos maux de gorge
Rubus fruticosus, de la famille des Rosacées, nous donne des superfruits au sens nutritionnel du terme : les mûres. Cette plante vivace qui forme des haies fructifères est parfois nommée mûrier sauvage, et renferme des flavonoïdes, anthocyanes, et polyphénols antioxydants bons pour la vue, les intestins et la santé en général. Comparées aux baies de goji ou d’açaï, vantées pour leurs vertus similaires, les mûres ont l’immense avantage d’être locales et sans impact carbone !
On utilise les feuilles de ronce en décoction, soit en gargarismes dans les laryngites et les extinctions de voix pour son action astringente, soit bues en tisane en cas de diarrhées et débuts de diabète. On peut y associer dans cette indication deux autres plantes semblables, mais à ne pas confondre : le mûrier noir, de la famille des Moracées, qui donne également des fruits nommés « mûres » et le myrtillier, de la famille des Éricacées qui donne les délicieuses myrtilles, qu’on utilise pour leurs vertus hypoglycémiantes dans le diabète et qui renforceront l’action des feuilles de ronce.
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La prêle des champs, pour tonifier vos tissus
Equisetum arvense, de la famille des Équisétacées, est une plante préhistorique qui ne donne pas de fleurs, mais des tiges. Très riche en silicium, flavonoïdes, stérols et acides organiques, elle fait partie des plantes très reminéralisantes en interne et hémostatique (qui stoppe l’écoulement du sang) en externe. En cas de coupures, il est donc bon d’avoir de la prêle autour de soi. Traditionnellement, on l’utilisait aussi pour aider à panser les plaies des ulcères variqueux. En interne, elle redonne résistance et élasticité à tous nos tissus conjonctifs, c’est-à-dire nos tissus de soutien : les os, les cartilages, les tendons, les ligaments, la peau, la paroi des artères et des veines, les ongles, etc. Diurétique, elle a sensiblement le même effet sur la tension artérielle qu’un diurétique chimique et comme elle est aussi légèrement anti-inflammatoire, on l’utilise avec succès dans les infections urinaires, les œdèmes, l’arthrite et les douleurs rhumatismales.
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Le plantain, pour les allergies et les bronches
Plantago major ou Plantago lanceolata, de la famille des Plantaginacées, est une jolie plante qui jouit d’une réputation maintes fois vantée par les Anciens : Dioscoride, Pline, les druides celtes ou encore sainte Hildegarde.
De nos jours, on l’utilise en prévention et traitement à la période du rhume des foins. En effet, le plantain atténue les manifestations allergiques des rhinites saisonnières qui s’assortissent de toux quinteuse et d’éternuements. Le plantain apaise et calme les muscles lisses bronchiques grâce à ses mucilages utiles chez les fumeurs et en cas de bronchite. Les compresses de sa décoction apaisent les yeux rougis par les pollens. Ses tanins sont aussi utiles pour resserrer les tissus lors de diarrhées, règles abondantes, angines et affections bucco-laryngées. Il est en plus anti-inflammatoire par son apigénine et antibactérien.
En usage topique, rouler ses feuilles fraîches entre vos doigts apaisera instantanément la brûlure de feuilles d’ortie, la piqûre d’un moustique ou la plaie que vous venez de vous faire en évitant sa surinfection, à défaut d’huile essentielle de lavande fine.
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Le pissenlit, pour votre foie
Taraxacum dens leonis, de la famille des Astéracées, donne cette feuille verte grande et plane en corolle caractéristique qui envahit mon jardin, comme nombre de mes voisins ! Ses feuilles sont bonnes pour le foie, amères à souhait, elles améliorent la production et l’excrétion de bile pour mieux digérer les graisses, participer à un bon transit intestinal et prévenir les calculs biliaires. On les consomme en tisane une fois séchées, mais aussi en salade pour les jeunes pousses. C’est le propre de la plante aliment-médicament. Les feuilles sont davantage alimentaires et les racines davantage médicinales. Elle possède la même action hépatique en étant en plus une dépurative rénale, idéale lors des drainages d’intersaison. Riche en inuline, une fibre à effet prébiotique, elle participe à une bonne flore intestinale. Ses propriétés dépuratives sont mises à profit dans les problèmes de peau, de cellulite et dans les troubles métaboliques que sont l’hypercholestérolémie ou l’athérosclérose, on dit de lui qu’il régénère le sang et embellit les peaux pour la clarté du teint qu’il redonne.
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L’ortie, la polyvalente
Urtica dioica, de la famille des Urticacées, nous pique les chevilles dans les petits chemins de forêts et la petite fille que je fus s’en souvient encore. La technique pour les cueillir à l’état frais consiste à prendre les feuilles par le dessous, dénué de poils urticants, et les rapprocher de la tige centrale pour en faire comme un petit fagot que vous pourrez ramener de vos balades pour ensuite l’intégrer à une quiche ou une soupe et ainsi bénéficier de ses propriétés. L’ortie est une très belle reminéralisante, une des Simples que tout débutant en phytothérapie se doit de connaître et expérimenter. Elle convient à tous. Les enfants, les ados, les adultes, les seniors, les convalescents, les anémiés, ceux qui ont une peau à boutons, des ongles cassants, des cheveux qui chutent ou qui ont besoin de drainer des excès d’eau. C’est qu’en effet, l’ortie piquante apporte de nombreux minéraux comme le fer, le calcium, le magnésium assorti de silicium qui permet de bien les fixer. Elle consolide les phanères (peau, ongles et cheveux) fragilisés par une mauvaise alimentation, des carences ou une maladie. Elle est utile chez les femmes au flux abondant lors de leurs menstruations afin d’éviter ou limiter les pertes en fer et terrain à anémie. Elle accompagne la croissance des fœtus in utero dès le 4e mois de grossesse, des enfants et des ados et lutte contre les douleurs rhumatismales et l’ostéoporose des seniors. Dépurative cutanée et rénale, elle redonne éclat du teint aux acnéiques, élimine les toxines, prévient les calculs rénaux et infections urinaires, réduit les œdèmes et rétentions d’eau.
Pour ceux qui en auraient au jardin, pensez à en faire du purin d’ortie en faisant macérer 1 kilo de plante entière dans 20 L d’eau pendant 15 jours, à remuer une fois par jour. L’odeur est certes horrible, mais quel merveilleux accélérateur de croissance pour de nombreuses plantes à fleurs et légumes comestibles, ou au contraire destructeur de ronces, et ce, pour un coût modique et 100 % naturel.
Pour les quinquagénaires courageux, arrachez le rhizome d’ortie, les racines superficielles et séchez-le, ce sera une aubaine pour votre prostate car cette partie souterraine de l’ortie est réputée pour augmenter le volume et le débit urinaire et réduire le résidu mictionnel de la vessie, propice aux prostatites. En boire 2 décoctions par jour, devrait bien aider sur le confort urinaire de la journée et de la nuit.
J’espère qu’à la lumière de cet article, vous saurez dorénavant regarder ces médicinales différemment et y voir peut-être le signe qui si elles sont là, c’est probablement que vous en avez besoin ! Bon désherbage !
Caroline Gayet
Diététicienne - Phytothérapeute
Herboristerie Phyt&Sens
www.phytetsens.fr
