Phytothérapie : pourquoi les plantes d’ailleurs ne sont pas les meilleures

Rédigé le 03/09/2025
Aline Mercan


Pharmacopée chinoise, remèdes ayurvédiques, encens, huiles essentielles tropicales et autres tisanes au goût d’ailleurs : les plantes médicinales exotiques font l’objet d’un commerce florissant. Mais sont-elles pour autant meilleures pour notre santé ? Si l’on examine la chaîne de commercialisation dans le détail, on découvre qu’elles sont peu sûres, peu éthiques, antiécologiques et moins adaptées à nos besoins que nos plantes locales. Autrement dit, elles n’ont en réalité pas grand-chose pour elles. Au-delà de l’imaginaire, il semble urgent de relocaliser nos remèdes naturels. L’anthropologue de la santé et ethnobotaniste Aline Mercan vous explique pourquoi et comment.


Les humains sont attirés par l’exotisme, synonyme de magie et de mystère. Les plantes médicinales n’échappent pas à cette tendance. Dès le Ier siècle, le naturaliste romain Pline l’Ancien s’amusait de l’attraction irrésistible de ses contemporains pour les plantes exotiques. Au XVIe siècle, Montaigne s’en moquait également dans ses essais. Et le Dr Montfalcon, dans son Dictionnaire des sciences médicales en 1850, s’adressant aux médecins, ironisait encore : « Voulez-vous donner une haute idée de votre génie ? N’ordonnez jamais que des remèdes extraordinaires ou des substances amenées à grands frais des contrées les plus éloignées. »

Un commerce mondialisé

Faut-il s’en émouvoir ? Après tout, le rêve et l’illusion, en favorisant la croyance dans la guérison, la potentialisent, au moins en partie, par l’intermédiaire de l’effet placebo. Or la plante banale de nos jardins, parfois une « mauvaise herbe », ne suscite généralement pas un imaginaire aussi fort qu’une plante lointaine et inconnue, laquelle est peut-être une mauvaise herbe là-bas, mais nous l’ignorons. Pour peu que cette dernière soit recommandée par un de ces thérapeutes qui génèrent de fortes représentations symboliques, chamans, guérisseurs, magiciens ou tradipraticiens, ses effets s’en trouveront décuplés. Et pourtant, l’herbe d’ici n’est peut-être pas moins efficace biologiquement que la plante venue de cet ailleurs idéalisé. Elle l’est même parfois plus.

Mais les faits sont là. Parmi les 50 000 plantes à fleurs employées dans les pharmacopées des diverses sociétés humaines, près d’un tiers font l’objet d’un commerce mondialisé. Par conséquent, tout le monde peut − au moins en théorie − avoir accès à des milliers de plantes issues d’une infinité de biotopes et de cultures différents. Leur forte aura symbolique et l’ignorance générale de la réalité des pratiques qui leur sont associées constituent une bénédiction pour le marketing du rêve. Or cette situation pose de nombreuses questions. Quelle est la conséquence de cette mondialisation sur les plantes, sur ceux qui habitent les régions où on les récolte et sur ceux qui les consomment ? Est-il nécessaire ou même utile de recourir aux plantes exotiques ?

Un cueilleur pauvre dans un pays pauvre, sous-payé et insuffisamment formé

Un élément de réponse a été apporté par la pandémie de Covid-19. Cette crise a suscité une demande sans précédent pour les plantes antivirales et les plantes de l’immunité, en particulier celles reconnues par la médecine chinoise. Aussi, 120 d’entre elles sont aujourd’hui directement menacées d’extinction du fait de cet engouement ! C’est ce que révèle un récent rapport de l’ONG TRAFFIC. De fait, ce commerce qui résiste à toutes les crises et même s’en nourrit n’est pas sans conséquence dans les pays récoltants… et sur les consommateurs.

Le plus souvent, la chaîne d’approvisionnement démarre avec un cueilleur pauvre dans un pays pauvre, sous-payé et insuffisamment formé. Il doit fournir d’impressionnants volumes de plantes pour un marché très demandeur. La généreuse plus-value est réalisée non pas dans le pays d’origine, mais dans les pays transformateurs, qui sont, sans surprise, riches. De nombreux intermédiaires prélèvent leur marge avant que le produit transformé n’arrive dans le panier du consommateur avec une traçabilité nulle ou hypothétique. Ce dernier sait-il par qui, où et quand la plante qu’il emploie, souvent sous forme de compléments alimentaires, a été prélevée ? Généralement non, car, à l’instar du marché agroalimentaire, les filières sont complexes et illisibles. Le cueilleur qui doit fournir du volume pour survivre le fait, hélas, au détriment de la qualité et même parfois de l’identification correcte de la plante. Dans les cueillettes dites « de confiance », le cueilleur connaît celui pour qui il ramasse et il fera tous les efforts nécessaires pour collecter le meilleur. Dans les cueillettes « commerciales », pour lesquelles le consommateur est à l’autre bout du monde et le premier acheteur peu regardant, on ne se préoccupe guère de respecter les prescriptions et proscriptions pourtant précisément codifiées dans les médecines traditionnelles.

Ainsi, les plantes sont ramassées :

− quand on les trouve, sans tenir compte du stade végétatif qui détermine pourtant leurs propriétés pharmacologiques ;

− où on les trouve, le plus souvent sur des terrains pollués, près des routes, au plus près du domicile du cueilleur ;

− comme on les trouve, sinon quelqu’un d’autre en profitera, y compris les plantes fanées, abîmées, ou même d’autres plantes voisines, surtout si elles ressemblent aux plantes recherchées ;

− tant qu’on les trouve, c’est-à-dire pillées sans aucun égard pour l’état de la ressource.

Vous l’aurez compris, ce type de marché n’est éthique ni sur le plan humain, ni sur le plan environnemental, ni sur le plan qualitatif. Et les mauvaises pratiques de cueillette compromettent d’autant plus la qualité finale du produit que les opérations qui suivent – stockage, conservation – ne sont guère plus reluisantes. Il existe, en phytothérapie, un lien direct entre situation sociale, respect de l’environnement et qualité.

Un marché dérégulé, inique et faisant peu de cas de la qualité

Une plante qui pousse dans la nature ne coûtant que le prix, dérisoire dans les pays pauvres, de sa cueillette, 80 % des plantes médicinales du marché sont d’origine sauvage. Le problème est que, soumises à la double contrainte de la pression du marché et de l’anthropisation (réchauffement climatique, disparition des aires naturelles, déforestation), plus d’un tiers sont menacées d’extinction à court terme. De fait, la plupart des produits de phytothérapie exotiques sont issus d’un marché dérégulé, inique et faisant peu de cas de la qualité. Résultat : leur efficacité se réduit souvent au seul pouvoir du rêve. Pour couronner le tout, la mondialisation du marché compromet l’accès des populations à leurs propres plantes, qui se raréfient ou dont le prix augmente.

Si, malgré ces éléments, nous sommes encore tentés par l’achat de plantes exotiques, n’oublions pas non plus que toutes les médecines traditionnelles, sans exception, valorisent les plantes locales. En 2020, j’ai eu le plaisir d’accueillir Tsultrim Kalsang, le directeur de la pharmacopée du Men-tsee-Khang, l’hôpital de la communauté tibétaine en exil en Inde, à l’occasion de sa visite en France. Il est resté stupéfait que nous nous aventurions à consommer des plantes sans savoir ni d’où elles viennent ni comment elles ont été récoltées et transformées ! Si nous fouillons nos propres archives, nous nous apercevons que telle situation n’aurait pas manqué d’étonner également les médecins d’ici. Le Dr Antoine Mizaud (1520-1578) écrivit en son temps : « […] choisis en ton jardin ou en ton champ des remèdes qui te soient familiers et connus, qui soient nés et nourris de chez toi, desquels tes ancêtres ont usé, qui sont approuvés par ceux de ton pays, crus en même climat, même air et même contrée que toi […]. » Partout, chez les connaisseurs des remèdes de la nature, on retrouve ce souci de la disponibilité et de la qualité, et ce sentiment que nous appartenons à un biotope particulier avec lequel nous sommes en résonance. Du point de vue scientifique, on sait que certains effets des plantes médicinales passent aussi par des voies de signalisation internes qui mobilisent l’épigénétique, c’est-à-dire l’adaptation de notre génome à notre environnement au fil des générations.

Plantes médicinales lointaines et inconnues de nos corps

Autrement dit, une plante ayant une action pharmacologique sur une population locale ne l'aura pas nécessairement sur une population éloignée. Ainsi, 80 % des femmes occidentales sont dans l’incapacité de transformer la génistéine du soja (un phytoœstrogène) en équol, un œstrogène biologiquement actif, car à la différence des femmes asiatiques, elles ne disposent pas du microbiote provoquant la réaction nécessaire. C’est la raison pour laquelle on a donné pendant des décennies avec si peu de succès des phytoœstrogènes de soja à des Européennes pour traiter leurs bouffées de chaleur lors de la ménopause .

Combien de plantes médicinales lointaines et inconnues de nos corps sont-elles ainsi commercialisées sans pour autant être métabolisées ? Notre microbiote, nos enzymes, notre biologie ne réagissent pas de la même manière à une plante qu’ils rencontrent pour la première fois que ceux d’un autochtone dont les ascendants l’ont utilisée depuis des siècles ou des millénaires. Dans le domaine de la nutrition, le biologiste Valter Longo, qui travaille sur la longévité, prône le retour à des aliments familiers de nos ancêtres, que nous sommes équipés pour assimiler.

De la même manière, en ce mois où notre corps essaie de s’adapter au froid d’un hiver tardif, ne serait-il pas plus logique de lui offrir des plantes locales qui possèdent un pouvoir d’adaptation à ces conditions et qui, peut-être, nous le communiquent, plutôt que d’autres faisant face à un tout autre biotope tropical ?

Une plante exotique est toujours avantageusement remplacée par une plante de chez nous

La liste A de la pharmacopée française rassemble 454 plantes médicinales utilisées traditionnellement. La pharmacopée européenne recèle 2 520 monographies de plantes. En tant que médecin phytothérapeute, 80 % de mes prescriptions sont réalisées avec 50 à 80 plantes. Si j’ajoute celles que j’utilise ponctuellement, j’arrive peut-être à un chiffre de 100 à 200. La plupart sont européennes ou cultivables en France. Indépendamment de l’argument de la qualité, il est impossible de bien connaître et expérimenter des pharmacopées plus vastes. Qu’allons-nous donc chercher si loin que nous n’aurions pas ici ? Il n’y a pas 50 000 indications différentes en thérapeutique. Cela signifie que, pour chaque maladie ou symptôme, on peut avoir recours à une multitude de plantes dont les effets seront proches. Une plante exotique est toujours avantageusement remplacée par une plante de chez nous, et même par plusieurs.

C’est donc uniquement la dimension du rêve, du miracle et de la magie, qui nous pousse à importer massivement des plantes alors même que nous avons tout ce dont nous avons besoin à portée de main.

Avec des professionnels de la cueillette, des thérapeutes et des écologues, nous travaillons actuellement à l’écriture d’un traité de phytothérapie alternative complet. J’ai commencé ce travail par un ouvrage paru en 2021. En vis-à-vis de chaque plante exotique ou en voie de disparition est proposée une alternative efficace, viable, issue d’une filière courte dotée de bonnes pratiques.

Quelques plantes menacées à remplacer d’urgence

Un exemple emblématique est celui de l’harpagophytum. Bien que cultivée, cette plante sud-africaine est menacée de disparition. Et la qualité des produits finis, surtout en poudre, est très aléatoire. En effet, des études métabolomiques montrent qu’il s’agit en réalité souvent de poudre d’autres plantes ou d’autres espèces d’harpagophytum que celle possédant les vertus identifiées. Il faut dire qu’elle fait l’objet d’une forte demande mondiale pour le traitement de l’inflammation, en particulier face à l’arthrose. Or il existe une alternative locale efficace : l’alcoolature de racine de scrofulaire (Scrofularia nodosa ou aquatica), qui contient des harpagosides, des principes actifs communs à ceux de l’harpagophytum. En Europe, il existe un emploi traditionnel des scrofulaires pour traiter les infections cutanées ainsi que d’autres symptômes inflammatoires. Aisément cultivables et poussant abondamment en France, elles sont facilement disponibles auprès de producteurs locaux respectant d’excellents cahiers des charges.

Le prunier d’Afrique (Pygeum africanum) est menacé par son emploi mondialisé contre le prostatisme. Il sera sans doute, et probablement trop tardivement, bientôt sur liste rouge, et par conséquent interdit de commerce. Pourquoi ne pas le remplacer par la racine d’ortie (Urtica dioica), la graine de courge ou l’épilobe à petites fleurs (Epilobium parviflorum) en tisane, ou encore les sommités du grand épilobe (Chamaenerion angustifolium) ? Ce dernier, fermenté sous forme de « thé », est largement employé pour traiter l’ensemble des voies urinaires dans le monde russo-sibérien. Toutes ces plantes sont locales et pérennes, car cultivées ou abondantes dans la nature.

Le lithothamne, une algue marine riche en calcium, n’est pas à proprement parler exotique, mais il faut aller le draguer à 30 mètres de profondeur, ce qui ne correspond à aucun usage traditionnel. Il est d’ailleurs absent des traités anciens, et c’est bien l’évolution des techniques qui l’ont rendu accessible. Hélas, ce dragage fait disparaître un écosystème entier qui met des siècles à se former. Nous pouvons trouver du calcium ailleurs et, en particulier, dans l’alimentation, mais aussi dans les orties et la prêle, par ailleurs riches en silice.

Le gotu kola (Centella asiatica) est une plante cicatrisante de la médecine ayurvédique menacée par la mondialisation. On peut aisément la remplacer par la consoude (Symphytum officinale) en pommade ou par l’achillée (Achillea millefolium) sous forme de cataplasme, de tisane ou en hydrolat.

L’huile de pépins de rose musquée (Rosa rubiginosa), qui vient du Chili, est également cicatrisante et dermoprotectrice. Pourquoi ne pas la remplacer par l’huile de pépins d’églantier (Rosa canina), ou d’argousier (Hippophae rhamnoides), ou encore le macérât huileux de souci (Calendula officinalis). Toutes sont produites près de chez nous.

La distillation des huiles essentielles : une fantaisie occidentale

Les huiles essentielles sont à la mode. Pourtant, il n’existe de tradition de distillation de plantes médicinales ni dans les médecines traditionnelles exotiques ni en Occident, où la distillation a d’abord servi à produire de l’alcool, puis des eaux florales. L’usage thérapeutique d’huiles essentielles ne date que du XXe siècle. Or leur distillation est très consommatrice de plantes, avec des rendements de 1/1 000 en moyenne, et beaucoup moins pour des plantes comme la rose de Damas ou la mélisse.

Tsultrim Kalsang, le témoin tibétain précédemment cité, a participé à la cueillette et à l’hydrodistillation de lavande vraie dans le Diois. Il nous a ensuite longuement expliqué que les meilleures formes, celles qui ont fait leurs preuves dans la médecine traditionnelle tibétaine, sont les poudres de plantes ainsi que les beurres médicinaux et les décoctions. La distillation lui est apparue comme une fantaisie occidentale un peu étrange et dispendieuse, puisque réchauffant y compris les plantes « refroidissantes » qu’il aurait fallu, selon la logique tibétaine, potentialiser par un traitement à froid. De nombreuses tentatives de distillation de la flore tibétaine se sont, pour l’instant, et c’est heureux, heurtées à la résistance de cette culture. Ces plantes rares, de biotope extrême, déjà menacées par la mondialisation, finiraient par être annihilées par la fabrication d’huiles essentielles dont la fabrication nécessite de gros volumes.

Quelques huiles essentielles à éviter et par quoi les remplacer

Citons quelques huiles essentielles de plantes exotiques clairement menacées, et envisageons des alternatives, soit des HE de plantes européennes, soit une autre forme de phytothérapie idoine tout aussi efficace dans de nombreuses indications.

Le lédon du Groenland est une plante sacrée des Amérindiens canadiens. Il est actuellement en train de disparaître du fait de la pression de cueillette exercée pour la distillation et l’industrie du cosmétique. Les autochtones n’ont plus accès à leur plante alors que l’on voit circuler diverses recettes contenant de l’HE de lédon pour diverses indications dans l’inflammation et, en particulier, dans l’arthrose ou même le cancer, mais sans preuve clinique d’efficacité. En cas d’inflammation, il vaut mieux utiliser des HE camphrées antalgiques (lavande aspic, camphrier, romarin à camphre), de la gaulthérie (voir plus loin), de la menthe poivrée et bien d’autres HE anti-inflammatoires, antalgiques, myorelaxantes. N’oublions pas non plus toute la phytothérapie anti-inflammatoire par voie orale (scrofulaire, reine-des-prés, saule blanc, impératoire, etc.).

La myrrhe et les encens qui nourrissent le commerce des HE sont également menacés. Or leur usage traditionnel se fait non pas sous cette forme, mais sous celle d’oléorésines réduites en poudre. On note d’ailleurs que certaines molécules dotées de vertus anti-inflammatoires (leurs principales indications), comme les acides boswelliques, sont absentes des HE. Il paraît donc plus fiable d’en rester à la forme poudre, tout en restant conscient que cela ne résout pas le problème de la traçabilité. Selon les indications, on peut utiliser d’autres HE aux vertus anti-inflammatoires, telles les HE de matricaire, d’achillée, de bouleau jaune, de genévrier, de romarin à cinéole. Sans oublier la phytothérapie classique déjà citée.

La gaulthérie existe sous deux formes : Gaultheria procumbens, ou wintergreen, qui est cultivée et abondante dans l’hémisphère Nord, et Gaultheria fragrantissima, qui pousse sous des climats plus chauds et est menacée de disparition. Leur spectre d’activité est très semblable, aussi faudra-t-il systématiquement préférer la première.

Le santal blanc (Santalum album) est très souvent employé dans des mélanges « spirituels », et en particulier dans les soins palliatifs. D’une culture délicate, il est prélevé dans la nature, d’où il est en train de disparaître. L’Inde en a interdit l’exportation ; cependant, il en existe un circuit de contrebande. Je le remplace par le cyprès (Cupressus sempervirens), qui est un arbre associé chez nous à la mort et au deuil. D'une culture facile, il contient des phytoncides apaisants et se révèle également efficace comme tonique veineux et antiviral.

 

Le bois de rose (Aniba rosaeodora) est victime de la déforestation et illégalement prélevé, en Amazonie comme à Madagascar. Son HE est riche en linalol, un composé aux multiples vertus (antibactérien, antifongique, antioxydant, anti-inflammatoire, hypotenseur, calmant, etc.) qui comprend deux formes. On retrouve la première dans le thym à linanol et la lavande officinale, et la seconde dans la coriandre et l’orange douce, toutes largement disponibles et bon marché chez nous.

Le ravensare (Ravensara aromatica), à ne pas confondre avec le ravinstara qui est un camphrier (Cinammomum camphora), est une plante malgache également menacée. L’HE a plusieurs chémotypes, dont un est très proche d’une HE de basilic, un autre proche de l’HE de girofle, un troisième proche de l’HE de thym, et un dernier proche de l’HE d’angélique, et bien d’autres.

Le cèdre de l’Atlas et les cèdres et genévriers exotiques, en général, sont menacés, tant par le réchauffement climatique que par la pression commerciale. La plupart peuvent aisément être remplacés par le cyprès par exemple, qui purifie l’atmosphère et favorise la microcirculation, la fluidité du sang et la lipolyse, autant de propriétés similaires à celles du cèdre. Il peut être issu d’une exploitation raisonnée. Je commande mes HE à de petits producteurs travaillant sur déchets de coupe ou prélevant un arbre par an dans des forêts qu’ils gèrent.

Le romarin (Salvia rosmarinus, chémotype cinéol) et l’origan (Origanum compactum) sont en voie de disparition au Maroc, car surexploités par l’industrie de la distillation. Le bois des vieux origans sert de combustible pour la distillation dans les zones dépourvues de forêts. Il faudrait donc leur préférer des origans et romarins produits avec de bonnes pratiques et donc cultivés en bio et traçables. Pourquoi ne pas leur préférer une HE de romarin à verbénone censé être hépatotrope, c’est-à-dire présentant une affinité pour le foie, ou, mieux, une tisane de romarin riche en substances antioxydantes et hépatoprotectrices avérées, qui, étant hydrosolubles, sont absentes de l’HE.

D’une manière générale, méfions-nous des glissements d’indications précipités entre différents extraits qui n’ont pourtant pas le même spectre d’activité. Ainsi, pour bien des indications comme le drainage, la phytothérapie classique est au moins autant, voire plus, efficace que l’aromathérapie.

Enfin, pour produire certaines HE, pourtant de bon rendement, il n’est pas rare que l’on déforeste afin d’avoir du bois pour faire chauffer les alambics. C’est le cas à Madagascar pour la production d’HE de girofle. Rappelons-nous qu’une bonne décoction (dissolution des principes actifs dans l’eau en ébullition) de clous de girofle lors d’infections, ou l’application de poudre de girofle sur un problème dentaire fonctionnent très bien sans nécessiter de coupes de bois intempestives.

La meilleure solution pour obtenir de la qualité

Comme pour l’alimentation, la meilleure solution pour obtenir de la qualité est de privilégier des filières courtes et traçables. Il faut donc acheter directement au producteur lorsque cela est possible ou interroger les professionnels (pharmaciens, herboristes, boutiques « bio ») sur leur approvisionnement. Certains pharmaciens commencent à se mobiliser pour se fournir localement auprès de petits producteurs. Ces derniers sont limités par la contrainte de la « qualité pharmaceutique » qui les oblige à de coûteux contrôles, mais des réseaux se montent pour ramener ces productions dans le champ de la pharmacie. Par ailleurs, il est impossible de juger de la qualité d’un produit sous forme de poudre, sauf à être ami avec un phytochimiste. Préférez donc les formes simples, entières, afin d’en faire des tisanes, des décoctions, ou de les réduire en poudre à l’aide d’un moulin à poivre ou à café. Seules ces formes permettent d’évaluer l’aspect et donc la qualité de ces « drogues » végétales.

Aline Mercan