« Encensier », « herbe aux couronnes », « rose marine »… Les nombreuses appellations vernaculaires du romarin trahissent son immense popularité. Et pour cause, il a la réputation d’améliorer la qualité de la peau, de faire repousser les cheveux, de soulager les douleurs articulaires, de stimuler le fonctionnement cérébral, d’éloigner la déprime, de soutenir les fonctions sexuelles et de prévenir les troubles cardiovasculaires ! En phytothérapie, il est beaucoup utilisé comme draineur hépatique. Quand on sait l’importance du foie dans le métabolisme, on comprend pourquoi son usage quotidien est associé à la santé métabolique et à la longévité.
Nom latin : Rosmarinus officinalis
Nom commun : Romarin
Parties utilisées : feuille et fleurs
Principes actifs majeurs : acides caféique, rosmarinique, carnosique
Forme d’usage : tisane, bourgeon, hydrolat, 3 huiles essentielles
Propriétés majeures : draineur hépato-biliaire, tonique digestif, physique, intellectuel, antioxydant
Arbrisseau touffu, commun dans le sud de la France, le romarin aime les sols calcaires et peut dépasser un mètre de hauteur. Il appartient à la famille des lamiacées, comme la menthe ou la lavande. Il pousse facilement au jardin ou en pot. Si on l’utilise couramment comme aromate culinaire, notamment dans le fameux mélange des herbes de Provence, c'est aussi une importante plante médicinale, employée sous de nombreuses formes galéniques. Bref, il mérite bien son nom latin de Rosmarinus officinalis.
Finis les raideurs, les crises de goutte, la déprime et les signes de l’âge !
Jadis, le romarin avait la réputation d’être une panacée, préservant autant la jeunesse intérieure que la beauté extérieure. Il entrait dans la composition de nombreux remèdes, ainsi que dans des eaux de Cologne célèbres, comme « l’eau de la reine de Hongrie », dont usait Isabelle de Hongrie pour lutter contre ses douleurs et entretenir sa beauté malgré son âge avancé. D’autres grandes personnalités ont perpétué la réputation de l’eau au romarin, comme la marquise de Sévigné qui l’employait pour soigner ses chagrins, et Louis XIV qui en usait pour soulager ses rhumatismes. Une véritable cure de jouvence : finis les raideurs, les crises de goutte, la déprime et les signes de l’âge !
Aujourd’hui, en phytothérapie, le romarin est essentiellement considéré comme une grande plante de l’axe hépato-biliaire. En effet, il draine le foie lors d’excès alimentaires ou à l’occasion de la consommation de viandes grasses, de charcuteries, de plats en sauce, de fromages ou d’alcool. Il facilite la métabolisation des lipides et restreint la formation du cholestérol, des triglycérides et des plaques d’athérome dans les artères, notamment par son action antioxydante, ce qui entraîne une protection cardiovasculaire, mais aussi cérébrale, et améliore les processus cognitifs.
Une exception parmi les plantes du foie
Le romarin fluidifie légèrement le sang, stimule la circulation dans les extrémités des membres et dans la tête grâce à ses flavonoïdes, ce qui est bien utile pour les étudiants, les seniors, les migraineux et tous ceux qui souffrent de vertiges. Apéritif et stimulant de la digestion, il redonne du tonus en cas de fatigue physique, de surmenage intellectuel et de fragilité nerveuse.
Hépatoprotecteur et hypolipémiant, il est préconisé en cas d’excès de cholestérol ou de triglycérides et d’athérosclérose. Comme il accroît le volume de la bile et draine le foie, il soulage les petites tensions et l’inflammation du tube digestif. Il est également riche en composés phénoliques, notamment les acides carnosiques et l’acide rosmarinique, des anti-inflammatoires utiles dans les cas de douleurs de goutte et de rhumatismes, mais aussi aux potentielles actions anticancer et antimétastases.
Grâce à son action sur le foie, le romarin donne de l’éclat au teint et soulage les problèmes de peau.
Comme il n’est pas amer, il représente une exception parmi les plantes du foie que sont l’artichaut, le pissenlit, le boldo, la fumeterre, la gentiane ou encore la chicorée et le souci. Aussi ceux qui ont de l’aversion pour l’amertume peuvent-ils sans crainte boire une tasse de romarin.
Un aromate culinaire qui fait pousser les cheveux !
Si vous avez du romarin dans votre jardin, vous savez qu’il peut être cueilli toute l’année, bien que le printemps soit plus propice. Toute la plante est aromatique et odorante, avec une odeur qui rappelle le camphre et l’encens.
Vous pouvez mettre quelques brins de romarin dans votre bouteille d’huile d’olive afin de l’aromatiser et d’en augmenter les bienfaits cardiovasculaires.
Après macération dans une huile de chanvre, de ricin ou de fenugrec durant un mois, vous pouvez l’appliquer en friction sur le cuir chevelu afin d’activer la repousse des cheveux.
Dans votre assiette, il s’emploie seul ou associé au thym, au basilic, à la marjolaine et à la sarriette dans le fameux mélange appelé « herbes de Provence ». Pensez-y systématiquement lors de vos barbecues, car les flavonoïdes et les diterpènes du romarin atténuent les effets néfastes du noircissement des viandes et des poissons grillés.
Une tisane multi-usage
En usage interne, le romarin est principalement utilisé sous forme de tisane dynamisante, physique et intellectuelle, pour tous ceux qui veulent se réveiller sans café. Aromatique et anti-infectieuse, son infusion, riche en huiles essentielles, soulage les rhumes, les quintes de toux et les bronchites en association avec le thym. Pour ceux que l’excès de cholestérol guette, c’est un remède de première intention, en trio avec l’olivier et l’artichaut.
Préparation : Verser 2 cuillères à soupe de feuilles de romarin dans 50 cl d’eau bouillante. Laisser infuser 10 minutes à couvert. Filtrer et boire la tisane au cours de la journée, plutôt chaude, avant les repas.
En usage externe, son infusion raffermit la peau et atténue les rides. Mesdames, pensez-y donc pour vous démaquiller. Sinon, pour plus de commodité, utilisez l’hydrolat de romarin.
Les sportifs, de même que les personnes atteintes de rhumatismes et d’arthrite qui possèdent une baignoire, tireront un grand bénéfice d’un bain de romarin. Pour le préparer, laisser infuser 6 cuillères à soupe de romarin dans deux litres d’eau bouillante, pendant 20 minutes, puis ajouter à l’eau de votre bain. Vous pouvez également utiliser cette infusion en lotion sur les zones douloureuses ou sous forme de bain de pieds pour soulager les pieds congestionnés et douloureux après une randonnée ou en cas d’insuffisance veineuse.
Les bourgeons : encore plus efficaces
Le macérat de bourgeons est la forme la plus polyvalente et la plus pluripotente du romarin. On retrouve une action sur le foie décuplée, avec une activité hépatoprotectrice de loin supérieure à celle exercée par la plante en tisane. De même, l’action sur le flux biliaire est bien supérieure. Il est ainsi utile en prévention des calculs biliaires, des excès de cholestérol, de triglycérides, d’acide urique ou d’urée. Très antioxydant, il retarde le vieillissement de nombreux tissus, notamment les artères en cas d’athérosclérose et le cerveau. Il préserve également le bon fonctionnement des organes sexuels, soulageant les troubles de la prostate et la dysfonction érectile et stimulant la libido. C'est également un protecteur de la muqueuse digestive et respiratoire.
Il se consomme sous la forme de macérat de bourgeons glycériné sans alcool, à raison de 10 gouttes matin et soir dans un verre d’eau en début de repas, en cure d’un mois ou plus.
En hydrolat, c’est plus rapide
L’hydrolat est l’eau de condensation que l’on récupère après distillation de l’huile essentielle. Il a les mêmes propriétés que cette dernière, mais exige moins de précautions d’emploi.
Les hydrolats sont surtout connus pour leur action cosmétique, mais on peut également les boire lorsqu’ils ne contiennent pas de conservateurs.
En général, c’est l’hydrolat de romarin à verbénone qui est employé.
L’hydrolat de romarin facilite la digestion des repas lourds ou copieux, renforce l’éclat du teint chez les personnes acnéiques et stimule le tonus intellectuel des étudiants et des personnes de tous âges.
L’hydrolat se boit dilué dans un verre d’eau, ou bien dans une tisane de romarin ou de toute autre tisane à visée hépatique pour en renforcer l’efficacité thérapeutique, à raison d’une cuillère à café par tasse. On peut également en ajouter 2 cuillères à soupe pour un litre d’eau ou de tisane, à boire au cours de la journée.
Cette forme galénique bon marché, plus rapide à préparer qu’une tisane, très facile à employer et généralement délicieuse car non amère, séduit de plus en plus les clients de mon herboristerie.
En cosmétique, on peut appliquer l’hydrolat en spray sur le cuir chevelu des zones qui se dégarnissent. Il est possible d’ajouter 10 gouttes d’HE de romarin à verbénone à votre flacon d’hydrolat.
Pour une action anti-âge, appliquez des sprays ou compresses d’hydrolat de romarin comme tonique sous votre crème de jour ou de nuit.
En huile essentielle, attention au chémotype !
En aromathérapie, la notion de chémotype est essentielle à connaître afin de bien employer le romarin. En effet, son nom latin est toujours Rosmarinus officinalis et ne suffit pas à l’identifier. Le chémotype n’est pas la molécule principale de l’huile essentielle, mais sa « molécule marqueuse », celle qui donne son indication thérapeutique. Toutes les huiles essentielles ne possèdent pas de chémotypes, mais c’est le cas du romarin, qui en possède trois selon le type de sol sur lequel il pousse. Ainsi peut-il avoir un chémotype à camphre, à verbénone ou à 1,8 cinéole.
Le romarin à camphre est bénéfique pour les douleurs articulaires et musculaires. Il ne s’utilise que par voie externe et ne se diffuse pas plus qu’il ne s’ingère.
On l’emploie à raison de 3 gouttes diluées dans une cuillère à café d’huile d’arnica, de millepertuis ou de consoude, en massage sur les zones douloureuses, une à quatre fois par jour. On peut l’utiliser seul ou en synergie avec de la gaulthérie couchée, du laurier noble, de l’eucalyptus citronné, du katafray ou encore de l’ylang-ylang.
Le romarin à verbénone est le plus employé, principalement par voie orale, pour son action bénéfique sur le foie, pour stimuler le processus de détoxification hépatique et comme régulateur dans les cas de pathologies hormonales. Il est bienvenu en automne et au printemps en cure dépurative par voie orale : 2 gouttes sur un comprimé neutre, matin et soir, en début de repas, cinq jours sur sept durant 3 semaines.
Par voie topique, il lutte contre le psoriasis à raison de 1 goutte dans une cuillère à café d’huile de nigelle appliquée sur les zones de peau concernées.
Pour stimuler la pousse des cheveux, mettre 10 à 15 gouttes dans un flacon de 50 ml d’huile de fenugrec, de ricin ou de chanvre, et frictionner le cuir chevelu avant un shampooing. En effet, une étude clinique a été réalisée afin de comparer l’efficacité du minoxidil à 2 %, un traitement antichute, avec celle de l’huile essentielle de romarin à verbénone. Il en est ressorti que l’efficacité à 6 mois était similaire, avec un avantage pour le romarin qui provoquait moins de démangeaisons que le minoxidil.
Enfin, le romarin à 1,8 cinéole peut se diffuser ou s’inhaler afin de faciliter la respiration et assainir l’air ambiant ainsi que stimuler la cognition en améliorant la mémoire de travail et l’attention.
En cas de bronchite et de toux grasse, un massage sur le thorax à raison de 3 gouttes diluées dans une huile d’amande douce fluidifie les sécrétions bronchiques et favorise l’expectoration. À employer de une à quatre fois par jour.
Précautions d’emploi
En dehors de la cuisine, le romarin sous toutes ses formes est déconseillé chez la femme enceinte et allaitante et chez l’enfant de moins de 6 ans. Sa teneur en salicylate (un « cousin » de l’aspirine) renforce l’effet des plantes et médicaments anticoagulants, augmentant le risque d’ecchymose ou d'hémorragie. Les trois chémotypes d’huiles essentielles de romarin sont contre-indiqués aux femmes enceintes et allaitantes, aux enfants de moins de 12 ans, aux épileptiques et aux asthmatiques.
Caroline Gayet
