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Alzheimer : ce que l’on sait… et que l’on ne dit pas toujours

Rédigé le 15/09/2025
Dr Luc Perino


Longtemps considérée comme une dégénérescence liée au vieillissement, la démence sénile est devenue maladie lorsque le docteur Alzheimer est parvenu à voir des fibrilles dans les neurones et des plaques dans le cortex d’une femme qui en était affligée… Or, depuis cette découverte, la maladie d’Alzheimer n’a toujours pas trouvé de remède. Ce mois-ci, Alternatif Bien-Être ouvre ses pages au médecin et écrivain Luc Perino. Enseignant en histoire de la médecine, militant de la médecine évolutionniste, il fait le point sur cette « non-maladie », les faux espoirs qu’il vaudrait mieux abandonner et sur les moyens réels dont nous disposons pour y faire face.
 

Le problème des maladies dégénératives et multifactorielles

La médecine moderne est née au début des années 1810 avec la méthode anatomoclinique consistant à mettre en relation les symptômes du malade avec les lésions organiques constatées à l’autopsie. L'explosion des techniques d'imagerie et la découverte de la génétique ont conforté ce paradigme : tout symptôme doit être expliqué par une lésion anatomique, tissulaire ou moléculaire. Ce réductionnisme scientifique a permis de grandes victoires sur les maladies monofactorielles, mais il est définitivement inadapté aux maladies plurifactorielles et à l'évaluation de leurs traitements. Les statistiques cliniques développées dans les années 1960 ont tenté de compenser ce manque, mais elles ont été rapidement dévoyées par l'utilisation abusive de critères dits « intermédiaires ». Citons-en quelques exemples emblématiques tels que le cholestérol, la densité osseuse ou la survie après diagnostic qui sont des critères sans rapport avec le vécu clinique des patients.

Face à ces manques et dévoiements, se sont logiquement développées des médecines dites « alternatives » ayant une louable prétention holistique, c’est-à-dire consistant à prendre la quantité/qualité de vie d'un individu comme unique critère d'évaluation. Valider un tel critère dans des études populationnelles impose d'énormes échantillons et moyens logistiques. Les industriels ne s'y intéressent pas, et les institutions en ont rarement les moyens. Ce manque de science de santé publique a conduit beaucoup de médecins académiques et alternatifs à s'en tenir au plus vieux critère d'évaluation clinique : la satisfaction du patient par le truchement de divers placebos (médicaments, symboles ou empathie), critère d'une grande pertinence clinique malgré son irréductibilité à la science biomédicale.

Les universitaires se répartissent grossièrement en deux catégories : les uns refusent ostensiblement ce critère et refusent tout rapprochement avec ceux qui le mettent en exergue, les autres admettent les limites de la biomédecine face à la complexité et à la variabilité humaines. Écrire dans une revue alternative un article sur la « supposée maladie » d'Alzheimer est une amusante façon d'aborder cette complexité et de nous remettre tous à notre modeste place devant les maladies dégénératives et plurifactorielles.

 

En 1901, Augusta Deter a été officiellement la première patiente atteinte de la maladie d'Alzheimer (MA). À cette époque, les cliniciens distinguaient grossièrement la démence présénile, survenant avant 45 ans, et la démence sénile, survenant après. La démence présénile recouvrait les grandes psychoses actuelles (schizophrénie, paranoïa). La démence sénile a conservé son nom jusque dans les années 1980.

Le tissu cérébral vieillit comme tous les autres tissus de l'organisme (peau, cristallin ou cartilage), et ces dégénérescences séniles surviennent plus ou moins tôt en fonction des individus et des modes de vie. Les variabilités individuelles et environnementales sont des évidences biologiques. La différence entre le cerveau et les autres organes est la flamboyance des symptômes de sa sénescence. Une démence est plus invalidante que des rides ou de l'arthrose.

Pourquoi la démence sénile est-elle devenue une maladie ?


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