Et si la foi jouait un rôle clé dans la guérison ? Non dénué de fondements scientifiques, le paradigme « postmatérialiste » propose un nouveau regard sur la capacité de l'esprit à déjouer les diagnostics médicaux les plus sombres.
Ambroise Paré, célèbre chirurgien du XVIe siècle, avait coutume de dire : « Je le pansai, Dieu le guérit. » À cette époque, la croyance que la guérison dépendait de forces divines était profondément enracinée dans l’approche médicale. Déjà dans l’Antiquité, le mot « thérapéia » (θεραπεία) signifiait à la fois « soin » et « service ». Ce terme était, en effet, employé pour désigner non seulement le traitement des maladies, mais aussi un service rendu aux dieux. La notion de soin était étroitement liée à une dimension sacrée.
Mais avec la révolution scientifique du XVIIe siècle et sous l’influence de penseurs comme René Descartes et Isaac Newton, cette vision a radicalement changé. Le rationalisme scientifique, en se concentrant uniquement sur les phénomènes mesurables et les processus physiques, a exclu toute dimension spirituelle ou non physique des processus de guérison.
Le phénomène ne serait pas si exceptionnel…
Pourtant, les guérisons inexpliquées nous montrent les limites de ce paradigme. Et le phénomène ne serait pas aussi exceptionnel qu’il y paraît. Par exemple, pour le seul cancer, dès 1993, l'Institut des sciences noétiques a publié une revue de la littérature ne rassemblant pas moins de 3 500 cas documentés de guérisons spontanées dans plus de 800 revues scientifiques internationales. N’est-il pas temps d’élargir notre vision ? C’est ce que propose le paradigme postmatérialiste, un courant scientifique émergent représenté par des personnalités comme le physicien David Bohn, le biologiste Rupert Sheldrake ou le chercheur en neurosciences Mario Beauregard, qui invite à dépasser l’idée que la conscience serait une production du cerveau. La Commission Galileo, composée de 90 scientifiques de renom affiliés à une trentaine d’universités, plaide pour la reconnaissance de l’existence d’une conscience non locale. Dans son Manifeste pour une science postmatérialiste, elle soutient que « les esprits individuels ne sont apparemment pas limités et peuvent s’unir. Cela suggère l’existence d’un Esprit qui englobe tous les esprits individuels ».
Des catalyseurs de guérison, souvent instantanée
De son côté, Olivier Chambon, psychiatre français auteur de La Médecine psychédélique (2009) et L’Éveil psychédélique (2021), étudie les « états modifiés de conscience » provoqués par les substances psychédéliques, comme le LSD, et les plantes enthéogènes telles que la psilocybine et l'ayahuasca. Il rapproche ces états de ceux associés aux expériences de mort imminente (EMI) ainsi qu’aux pratiques méditatives. Ceux-ci agissent comme des catalyseurs de guérison, souvent instantanée, en permettant d'accéder à des ressources psycho-spirituelles thérapeutiques. Ils favorisent la dissolution des névroses liées à des vécus douloureux, offrent une connaissance authentique de soi, suscitent un sentiment de paix intérieure, facilitent la réconciliation avec la mort, et renforcent enfin notre connexion spirituelle.
Ils étaient tous condamnés
Ces recherches confirment l’intérêt d'une prise en charge holistique des patients, intégrant la dimension spirituelle de l'être. Dans son ouvrage Ils étaient tous condamnés, le Dr Yann Tiberghien partage des récits inspirants de guérisons inexpliquées qui mettent en lumière l'importance de la foi dans des cas où la médecine ne peut plus rien. Après avoir analysé 220 dossiers médicaux, il a sélectionné onze cas de rémission exceptionnelle du cancer, c’est-à-dire caractérisés par un pronostic vital engagé, l’inefficacité des traitements conventionnels, et la survie des patients au-delà de dix ans. Ces témoignages authentiques donnent des clés de guérison utiles pour tous ceux qui sont confrontés à la maladie.
Une guérison édifiante est celle de Margarita. Après avoir survécu à vingt ans de tortures quotidiennes sous la dictature de Pinochet, elle a développé, à peine libérée, une leucémie très agressive. Motivée par le besoin de comprendre cette injustice insensée, Margarita a entrepris un chemin intérieur qui l’a finalement conduite à rendre visite à ses anciens bourreaux, désormais en prison. À la clé de ce processus spirituel intense, un pardon total, libérateur… Peu de temps après, sa leucémie a disparu.
Cet Amour, avec un grand A, qui guérit
« L’apprentissage de l’amour véritable représente, pour tous nos témoins, le message le plus puissant délivré par la maladie », assure Yann Tiberghien. Que ce soit au travers de l'amour des proches, des semblables, ou de celui provenant d'une conscience plus vaste, de Dieu ou de l'univers, selon les croyances de chacun, ce qui importe est la découverte, à travers la maladie, de cet Amour, avec un grand A, qui guérit.
Le cas de Jacques, un dentiste ambitieux qui a vu sa vie bouleversée par la récidive d’un cancer, est emblématique. Après plusieurs traitements épuisants, il a préféré arrêter sa chimiothérapie. Perdu pour perdu, il a rejoint un groupe de prière de Maguy Lebrun, une ancienne infirmière engagée auprès des malades en phase terminale. Il a alors compris avec émotion qu’il avait de l’importance aux yeux des autres, un choc salvateur qui l’a conduit à se reconnecter à l’amour et à consacrer du temps à sa famille. Il estime que ce changement de vie l’a définitivement guéri.
Yann Tiberghien conclut que la maladie est un moteur d’évolution. Mais découvrir le sens profond d’une maladie grave demande un travail personnel d'introspection, beaucoup de patience et donc du temps pour soi. « Tous nos témoins ont limité les contraintes, les conflits, tout en laissant de côté les futilités. Ils ont appris à accorder de l’attention aux choses essentielles et à dédier leur vie à de hautes aspirations. […] Au fil du temps, un calme intérieur indéfinissable, une sérénité, une capacité à se recentrer les ont gagnés. […] Cette recherche de sérénité intérieure, de paix spirituelle, procure à notre système immunitaire un véritable coup de fouet, un message de vie. »
Dans cette quête intérieure, « l’obstacle majeur se trouve en soi, dans la tendance très répandue à se juger, se déprécier, se critiquer, se culpabiliser », prévient Yann Tiberghien. L’une des clés consiste donc à s’accepter, à s’aimer tel que l’on est, malgré sa vulnérabilité et ses imperfections.
À lire : Bernie Siegel, L'Amour, la Médecine et les Miracles, J’ai lu, 2004, un best-seller mondial qui n’a rien perdu de son actualité.
Pryska Ducœurjoly
