Jean-Loup Mouysset n’est pas seulement oncologue. Ce chantre de la médecine intégrative est également le fondateur du premier Centre Ressource, à Aix-en-Provence, proposant un ensemble de soins complémentaires (fasciathérapie, réflexologie, sophrologie, ostéopathie…) aux personnes atteintes d’un cancer. Portrait d’un médecin humaniste pour qui la clé de la guérison réside à l’intérieur de chaque patient.
Il aurait pu devenir prêtre. Il a finalement choisi la médecine. « Ce que je voulais, c’était accompagner les âmes… Mais j’avais trop envie de me marier et d’avoir des enfants ! » plaisante Jean-Loup Mouysset, le médecin oncologue fondateur du premier Centre Ressource créé au début des années 2000, à Aix-en-Provence. Aujourd’hui, il en existe sept. S’ils sont autonomes, tous poursuivent le même objectif : aider les personnes atteintes d’un cancer à devenir actrices de leur santé via un accompagnement thérapeutique et un ensemble de soins complémentaires, dont les tarifs sont adaptés aux revenus de chacun. Mais en 1986, Jean-Loup Mouysset est loin d’imaginer sa destinée. Seule certitude : il veut faire de la cancérologie.
« À l’aube des années 90, le cancer était une maladie très marquante sur le plan social, qui confrontait le patient à toutes les dimensions de son être », justifie-t-il. Loin de l’image des étudiants qui triment jour et nuit dans l’espoir de décrocher leur concours, ce fils d’une fratrie de six enfants garde « un souvenir magnifique » de cette première année. « Je faisais du sport et je me couchais tôt. Je sentais que j’étais sur mon chemin », se souvient-il. Il arrivera 28e sur quelque 2 000 candidats. L’oncologie lui tend les bras. Durant son internat, le jeune médecin ingurgite des centaines de publications scientifiques… jusqu’à l’overdose. Ce qui lui manque ? Du sens !
En diversifiant ses lectures, il tombe sur la « biologie totale » créée par le Dr Hamer, qui postule que la maladie est causée par un conflit psychologique. « J’ai beaucoup aimé son questionnement sur l’impact du stress, mais il me manquait l’aspect spirituel. Hamer était trop dans le déterminisme », estime Mouysset. En 1995, il découvre les travaux de son futur mentor : le psychiatre américain David Spiegel, directeur du Stanford Center on Stress and Health et directeur du Center for Integrative Medicine de la Stanford University School of Medicine, en Californie. Enfin, tout s’éclaire !
Doubler la survie des patients
Les résultats des études menées par ce ponte montrent qu’il est possible de doubler la survie des patients accompagnés sur le plan psychique, grâce à l’hypnose, la physiologie du stress et la psychothérapie. Une bombe pour ce chantre de la médecine intégrative qui considère que le patient est un acteur à part entière de sa guérison. Coup de bol, David Spiegel est justement de passage à Paris pour un séminaire ! Après l’avoir rencontré, Jean-Loup Mouysset ne rêve plus que d’une chose : l’observer dans sa pratique. Le destin s’en mêle en lui octroyant en 1997 une bourse normalement réservée aux médecins ayant terminé leur internat.
« David Spiegel m’a ouvert les portes de son service comme si c’était le mien », raconte-t-il encore ému par cet accueil hors norme. Durant six mois, le Français enchaîne lectures et conférences sur des sujets totalement inconnus dans l’Hexagone. « Les Américains savaient déjà que le stress était capable de nécroser un neurone. Il a fallu attendre 20 ans pour admettre ce type d’information chez nous ! », se souvient-il. Cette courte période s’avérera cruciale pour sa carrière.
« Je me réveillais la nuit pour noter mes idées. J’étais inspiré et je me sentais guidé. »
« Je me réveillais la nuit pour noter mes idées. J’étais inspiré et je me sentais guidé », illustre-t-il. À son retour, il a des projets plein la tête qu’il souhaite mettre en application. En vain. « Je suis vite retombé sur Terre ! », ironise-t-il. Mais une fois de plus, son ange gardien se mêle de ses affaires ! Par un concours de circonstances, il perd son poste d’assistant à l’hôpital de la Timone, ce qui l’incite à s’installer en libéral, dans l’actuelle clinique La Provençale, à Aix-en-Provence. N’ayant plus de compte à rendre à sa hiérarchie, il peut enfin concrétiser son projet et crée une association qui rassemble des professionnels (du monde médical et paramédical) et des patients. On est en 2000. Le nouveau millénaire s’avère prometteur ! Seul hic, l’association n’a pas de nom. Pourtant, ce n’est pas faute de se creuser la tête. « J’ai eu le déclic en vacances en Martinique, le 31 décembre 2000 : Ressource ! Car c’est à l’intérieur de chacun que se trouve la clé de la guérison », explique-t-il.
150 professionnels bénévoles
Si elle n’a pas participé aux premières réunions, Laëtitia Dewolf a très vite rejoint l’association. Vingt ans plus tard, cette psychologue est toujours là, assurant des groupes de parole aux côtés de quelque 150 autres professionnels, tous bénévoles, qui interviennent chaque année auprès de 80 patients (8 groupes de 10 personnes), dans un ancien centre sportif de 900 m2. « Au début, nous n’étions qu’une poignée de professionnels et nous faisions nos réunions dans la salle d’attente du cabinet de Jean-Loup, se remémore-t-elle. Ce qu’il a accompli en si peu de temps est incroyable. »
« Ce qu’il a accompli en si peu de temps est incroyable. »
De lui, Laëtitia Dewolf dit qu’il est énergique et à l’écoute. « Il ne se positionne jamais en sachant », précise-t-elle. Sabine Couttier, une herboriste de 64 ans, confirme : « Avant de me faire suivre par le Dr Mouysset, j’étais soignée par une oncologue qui ne supportait pas que je lui pose des questions ! J’ai été frappée par son humanité. Il accueille chaque patient en lui prenant les deux mains et en plantant son regard dans le sien. » Malgré son humanité, cet oncologue est loin de faire l’unanimité, surtout chez ses confrères. « Il ne s’est pas fait que des amis, car la cancérologie est une discipline où les intérêts financiers sont gigantesques. Or Jean-Loup Mouysset n’est pas pour l’allopathie à tout prix. Il n’hésite pas à compléter son protocole avec des médecines naturelles », témoigne Laurence Métayer, une réflexologue spécialisée dans l’accompagnement de patients cancéreux qui a fait son stage au Centre Ressource, il y a 14 ans.
« C’est un avant-gardiste ! C’est pour cela qu’il est aussi décrié. »
« C’est un avant-gardiste ! C’est pour cela qu’il est aussi décrié. Vous connaissez beaucoup d’oncologues qui prescrivent de l’acupuncture ? », rebondit Nath, une intervenante bénévole qui a développé un cancer du sein cinq mois après avoir intégré le Centre Ressource comme professeur de danse. Des méchancetés, des coups bas, il en a reçu, au point d’être parfois découragé. Le plus douloureux ? Sa famille à qui il ne parle plus. « Ils m’ont tourné le dos, persuadés que j’étais parti dans une secte », confie-t-il sans s’apitoyer. « Ces moments de découragement ne durent jamais longtemps, rassure Laëtitia Dewolf. Et puis, il attire aussi beaucoup de bonnes volontés. » Même la mairie d’Aix-en-Provence, après 10 ans de déni, a fini par se rallier à sa cause ! « Des élus ont fini par m’avouer qu’ils ne pouvaient plus ne pas m’aider au vu de nos résultats, mais qu’ils n’avaient jamais vu autant d’oppositions sur un projet ! », sourit-il. Débordé par ses activités, Jean-Loup Mouysset n’en oublie pas d’être père (même si, désormais, ses deux enfants ont quitté le nid), ni mari. Avec sa femme, soutien de toujours, ils forment un couple soudé. « J’ai la chance d’être très entouré, que ce soit sur le plan physique et spirituel, reconnaît-il avant de conclure : Il reste encore beaucoup à faire mais je suis fier de moi, et fier de servir cette belle cause. »
Pour en savoir plus
Il existe aujourd’hui sept Centres Ressource contre le cancer à Aix-en-Provence, Lyon, Marseille, Lafrançaise (au nord de Montauban), Montélimar, Reims et Saint-Avold (Moselle) : www.federation-ressource.org/nos-centres/
Carte d’identité
26 juin 1968 : naissance à Nice
Septembre 1986 : entrée en fac de médecine
Avril 1995 : diplôme de médecine
1995 : rencontre avec David Spiegel
Novembre 1996 - mai 1997 : étudie à Stanford
Juillet 2000 : installation en libéral
Avril 2001 : création de l’association Ressource
Octobre 2011 : ouverture du premier Centre Ressource à Aix
La rédaction
