Pour certains, le tarot n’est qu’un simple jeu de cartes… et pour d’autres, c’est un vrai art divinatoire. L’art du tarot se transmettait dans les temps anciens par oral de maître à disciple sous le sceau d’un certain secret, mais de nos jours les écoles de tarologie ouvrent leurs portes et les séminaires de formation se dévoilent en plein jour pour enseigner l’art de la lecture des arcanes. Les cartes des bohémiennes se mettent au service de la connaissance de soi, dans le but avoué d’une évolution personnelle positive.
Retracer l’histoire du tarot tient de l’utopie : les premières cartes semblent dater du Moyen-Âge mais… comme toute chose touchée par le doigt du sacré, son origine reste énigmatique. Il existe autant de tarots que d’artistes qui décidèrent un jour de dessiner leurs propres cartes, mais un des plus anciens tarots encore utilisés de nos jours reste celui de Marseille.
Certaines théories sont élégantes mais il faut bien l’admettre : personne ne sait d’où vient cet ensemble de lames et le nom lui-même de « tarot » reste un mystère qui évoque à chacun sa propre vérité : tarot/rotas, la roue ? Tarot/Torah, la loi ? Tarot/tao, l’ordre naturel de l’univers ? Tarot/tar rog, le chemin réel ? Les cultures et les langues se l’approprient, mais aucun indice n’a encore révélé l’authenticité d’une quelconque généalogie étymologique ou culturelle.
Les tout premiers jeux de tarot médiévaux sont italiens. Dès le XVIIIème siècle en France, le tarot de Marseille s’impose face au tarot de Besançon (ces tarots doivent leur nom à la ville où se trouvait le maître cartier).
Comme tout tarot classique, le tarot de Marseille est constitué de 78 cartes divisées en 56 lames mineures de 4 couleurs différentes (les coupes, deniers, épées et bâtons) et 22 lames majeures qui représentent des personnages humains et des divinités. Les lames sont également nommées arcanes : un mot issu du latin qui signifie « secret ».
Les illustrations des tarots dépendant de l’imagination du cartier, elles peuvent parfois diverger mais respectent en général les mêmes thèmes. La différence tient au trait de crayon, aux couleurs utilisées et aux apprêts : par exemple l’ermite tient parfois une lampe, parfois un sablier (et parfois se nomme Hermite, en référence au dieu Hermès, patron des alchimistes), l’impératrice nous regarde parfois droit dans les yeux ou bien détourne le regard sur le côté. Tel personnage sera tourné vers la gauche (vers le passé) dans un jeu et vers la droite (l’avenir) dans l’autre, enfin les accoutrements répondent à l’inspiration du dessinateur : il existe des milliers de tarots, même des tarots où les chats remplacent les personnages classiques.
Ce sont donc les illustrations qui distinguent les tarots les uns des autres, et cette différence tient parfois d’un détail qui revêt toute son importance car il sera déchiffré selon le symbole qu’il représente. Par exemple le lys blanc de l’impératrice exprime la pureté, l’œuf de la papesse la gestation, le casque de l’empereur la protection, le marais de la lune les émotions. Le tarot nous connecte ainsi à des thèmes et sa lecture dépendra du tarologue et du décryptage qu’il y apporte. Mais surtout du consultant et du tirage qu’il aura effectué.
Vingt-deux
Vingt-deux arcanes, comme les vingt-deux lettres hébraïques, comme les vingt-deux paires de chromosomes humains en dehors de la paire sexuelle, comme les vingt-deux acides aminés dont est constituée toute protéine du vivant. Le nombre de lames majeures n’est pas choisi par hasard et déjà interpelle les chercheurs de trésors spirituels.
Les cartes représentent des femmes et des hommes, parfois des animaux, comme le chien qui accompagne ce Mat qui évoque St Jacques sur son chemin, ou la paire de chevaux fougueux du chariot qui ressemble au char qui emporta le prophète Elie au ciel. Le personnage est unique ou partage sa lame avec d’autres protagonistes, comme l’amoureux et ses deux compagnes, si dissemblables. Le héros de l’arcane est parfois debout prêt à agir, parfois assis dans un moment d’introspection passive, ou agenouillé comme sur l’arcane de l’étoile qui représente une femme nue à la chevelure abondante, au-dessus de laquelle brille Vénus. Les habits ont également leur importance : les protagonistes sont vêtus et ancrés dans la matière ou dénudés : ils représentent une action spirituelle alors que la présence d’habits les ancre dans le monde de la matière. Ils possèdent différents attributs, comme l’épée, la balance, le bâton, la lanterne (qui éclaire) ou encore la cape (qui dissimule).
Chaque illustration est unique, riche et généreuse en symboles qui se cachent jusque dans les couleurs : le rouge figure l’action, le bleu évoque la spiritualité, le noir l’œuvre alchimique qui débute, le jaune reflète la pureté de l’or et le blanc l’innocence : autant de décryptages possibles. Tout est question de point de vue et chaque tarologue, en suivant une école de pensée, forge sa propre grille de lecture. La lecture juste dépend de la capacité du tarologue à se connecter au consultant. Les lames choisies constituent le tirage qu’on nomme parfois mandala : grâce aux symboles et personnages, elles racontent une histoire que va décrypter le tarologue, à la recherche de la réponse posée d’entrée de jeu par le consultant.
Les archétypes, reflets de nos inconscients
Chaque arcane est numéroté sauf celui du Mat et chaque arcane est nommé, sauf le XIII, également appelé « l’arcane sans nom », celui qui parfois provoque un long frisson puisqu’il représente un squelette en train d’élaguer des têtes de sa grande faux. La mort ? Pas certain, disons plutôt le renouveau, une vie qui recommence en fauchant tout du passé, le printemps qui resurgit sur de nouvelles bases. D’ailleurs à regarder de plus près, le crâne sourit en accomplissant son grand œuvre ! Encore des mystères, mais nécessaires.
Car le symbole doit se lire comme une charade, il évite de s’incarner dans une signification unique et restrictive mais ouvre la porte à mille interprétations différentes qui revêtent une grande importance au moment du tirage. Plus l’ouverture d’esprit est grande, meilleure est l’interprétation des cartes. Les arcanes du tarot nous apprennent à nous désengluer de nos jugements à l’emporte-pièce, ils nous offrent une nouvelle lecture de vie. C’est à nous de la saisir et d’en faire quelque chose, car si la vérité n’est qu’une, les chemins qui y mènent sont multiples et parfois celui qu’on emprunte n’est pas bienveillant pour nous.
Ces vingt-deux arcanes majeurs sont ainsi la proposition de vingt-deux archétypes dans lequel va puiser notre inconscient. Rappelons qu’un archétype, selon la psychologie analytique, est un symbole universel qui sert de modèle idéal et ce parfum d’idéal découle de notre inconscient. L’étymologie parle d’ailleurs d’elle-même : archétype signifie « modèle primitif ». Les vingt-deux arcanes sont donc des symboles primitifs décodables par n’importe quelle culture et c’est notre inconscient qui fait émerger des arcanes la réponse. Le tarot est un décodeur et ses archétypes servent de passerelle entre notre conscience et l’inconscience. Il nous révèle à nous-même et avec l’élégance de ses symboles nous emmène dans nos profondeurs pour mieux accéder à la connaissance de soi.
Le semblable attire le semblable
L’inconscient, ce vaste iceberg immergé dans les méandres de notre cerveau est toujours attiré par son reflet. L’adage populaire d’ailleurs le sait : « qui se ressemble s’assemble ». C’est la loi d’attraction : elle est universelle et pourtant si souvent négligée. Pour découvrir cet inconscient (et donc partir à la découverte de soi-même) il suffit d’observer ce qui nous fascine, d’analyser les images dans lesquelles on se contemple sans s’en rendre compte.
Le tirage du tarot s’y attelle, et avec brio. L’impératrice par exemple, le troisième arcane, représente une jeune femme assise de face, tenant un sceptre et couronnée d’étoiles. Un lys virginal fleurit à ses pieds, un aigle blanc décore le bouclier qu’elle porte de la main droite. Des ailes enfin terminent sa tenue enrichie de lourdes draperies. Que percevez-vous en contemplant cet arcane ? Votre lecture révèle une partie de votre inconscient : y voyez-vous une jeune adolescente amoureuse ? Une femme enceinte épanouie ? Une jeune mère régnante et sans partage ? Une vierge qui protège son honneur ?
Une même carte possède une signification changeante selon nos humeurs, l’écoulement des jours, notre situation personnelle, notre âge : c’est l’impermanence, à laquelle se plie volontiers le tirage des tarots.
Tout l’art de la tarologie réside en sa lecture : séparer le bon grain de l’ivraie, faire ressortir la substantifique moelle, le message du tarot adressé à celui qui pose sa question. Car ne doutons jamais d’un fait : la réponse est en nous. Tout est en nous. Seulement elle loge dans l’inconscient et même les plus grands sages ont parfois des difficultés à se connecter à cette part dissimulée d’eux-mêmes. Le tarot s’offre comme interface. Il fait office de marc de café, d’osselets jetés en l’air : la cartomancie nous connecte à notre divin et nous offre les clefs d’accès à cette partie de nous longtemps oubliée, cachée au plus profond de nos secrets et qui elle, sait répondre à la question. C’est pour cela que le tirage des cartes s’effectue avec les cartes tournées : elles demeurent invisibles pour nos yeux conscients mais ce qu’elles émettent, notre inconscient sait le percevoir. C’est lui qui choisit les arcanes qui vont former la réponse. Ensuite, c’est l’art du tarologue qui va lire et décrypter le tirage. Un tarologue est en fait un traducteur inspiré. Et le tirage représente le livre qui raconte notre histoire.
La question est la réponse
Les bohémiennes disaient la bonne aventure : quelle délicieuse métaphore ! La vie est aventure et prend parfois des tournures complexes. L’oracle répond à une question qu’il est nécessaire de bien préciser, voire de reformuler au début de la consultation. Définir la question avec justesse est un travail nécessaire et préliminaire entre le tarologue et le consultant afin que la réponse émerge avec facilité. Car une question bien posée recèle toujours la réponse en elle.
Il est important que la question soit pertinente et surtout ouverte, c’est à dire que la réponse ne soit pas contenue dans un « oui » ou un « non », restrictif qui musèlerait l’histoire se déroulant lors de la lecture des arcanes.
Le tarot n’est pas une solution, encore moins un conseil : il consiste en un éclairage qui souligne les atouts et complexités d’une situation. Et dans cet écheveau parfois compliqué, les arcanes proposent une direction, voire l’ébauche d’un chemin. Mais le libre arbitre revient toujours au consultant, puisqu’il s’agit de son histoire, c’est bien lui qui a le dernier mot. En cela le tirage de tarot peut s’apparenter à un coaching : il permet de se poser les justes questions et de chercher dans l’inconscient la réponse la mieux adaptée qui dénouera une situation difficile à vivre. Jamais le tarologue ne se positionne comme le conseiller du consultant ; en revanche le tirage éclaire la situation d’une lumière nouvelle.
Le choix des cartes
Traditionnellement un tirage des tarots s’effectue à l’aide d’au moins 3 cartes ; un tirage en croix nécessite que le consultant choisisse 5 cartes dont il n’aperçoit évidemment que le verso. Chaque tarologue crée un rituel qui permet de s’ancrer dans l’instant : par exemple mélanger les cartes pendant l’élaboration de la question. Celle-ci peut prendre un certain temps avant de voir le jour, et brasser les cartes pendant qu’on évoque la question permet d’amorcer un lien entre les archétypes et l’inconscient.
Les cartes sont ensuite choisies par le consultant en conscience, c’est à dire en se concentrant sur la question et en laissant faire le choix de la main. La carte juste peut chauffer légèrement la paume quand elle la survole, créer des picotements, attirer la main. Malgré la ressemblance du dos des cartes il se peut que l’œil aperçoive une carte qui l’appelle, car les couleurs semblent plus denses. Le choix qui semble être laissé au hasard découle en fait de notre inconscient. Laissez-le maître, il sait ce qu’il fait !
Une fois les cartes choisies elles seront alors placées selon un schéma prédéfini par le tarologue, souvent en forme de croix, et chaque emplacement symbolise soit une époque (passé, présent, avenir) soit une qualité (aide ou méfiance), voire certains personnages dans la vie réelle.
Contempler pour faire émerger la réponse
La phase de contemplation qui décrypte le tirage peut durer plusieurs minutes. Les arcanes ainsi retournés vont tisser des liens les uns avec les autres et ces reflets, similitudes ou opposés écrivent l’histoire de la réponse. Observons les affinités entres les arcanes : robe d’une même couleur, stature identique, regard observant le même point cardinal ? Ou bien les contraires : l’un est homme l’autre femme, l’un est vêtu l’autre nu. Ce moment de la consultation est crucial et c’est la confrontation des arcanes entre eux qui raconte l’histoire, elle sera bien plus riche que si on s’arrête à la lecture mathématique d’une carte et de son symbole, isolée du tout. Dit autrement : le tout est toujours plus vaste que la somme des parties. Il n’est pas question ici d’énumérer la liste des symboles qui s’offrent à nos yeux, mais bien d’écouter la petite musique qui ressort du mandala qui s’étale devant vos yeux. Et qui offre la réponse.
Décoder les arcanes
Nous avons vu que le tarologue prédéfinit des espaces pour les cartes qui vont éclairer sa lecture différemment. Par exemple le diable, s’il tombe sur une case positive quand il est placé sur le mandala, peut signifier une entrée d’argent, en revanche sur un emplacement négatif il peut exprimer un lien toxique dont on a du mal à se défaire. Jamais il ne dira qu’il faut le couper ce lien : c’est au consultant de prendre sa décision, jamais au tarologue de lui dire ce qu’il faut faire. Le tarot est un éclairage sur une situation. Pas un ordre quelconque qu’il faut suivre pour vivre une vie épanouie. Pour reprendre l’exemple de ce lien, plusieurs solutions s’offrent : couper, bien sûr, mais également changer sa position face à cette relation, ce qui peut permettre de l’équilibrer et de la faire sortir d’une dépendance malsaine. Un bateleur peut exprimer le début du chemin sur un espace dédié aux atouts, ou bien une immaturité. L’amoureux parle de choix ou d’indécision, l’empereur de sécurité ou de matérialisme étouffant. Et de mille autres choses bien sûr, car il peut se trouver face à l’impératrice ou à l’ermite : l’histoire prend alors une autre connotation.
Un pont thérapeutique vers l’inconscient
Le tarot est un instrument divinatoire : il relie l’humain au divin en nous et par le biais de ses arcanes reconnecte notre conscience à notre inconscient. Magie et divin sont deux mondes différents et il n’y a rien de sorcier dans un tirage de tarot : il traduit l’histoire que notre inconscient nous conte à travers archétypes et symboles des arcanes, il souffle une solution qui nous aidera face à une situation complexe. Le tarot nous enseigne que la réponse est enfouie au fond de notre inconscient et que nous sommes les propres maîtres de notre destinée. Toujours.
Dre. Fabienne Burguière
