Recul de l’âge de la retraite : quels effets sur la santé ?

Rédigé le 04/09/2025
Philippe Chavanne


France, Suisse, Grèce, Grande-Bretagne… Dans la plupart des pays européens, la tendance va vers un allongement du nombre d’années de travail avant d’accéder à la retraite. Au-delà du débat socio-politique et économique, une question mérite tout de même d’être posée : quel seront les effets d’une telle mesure sur la santé ? Autrement dit, le travail est-il bon ou mauvais pour les seniors ? Dans ce domaine, plusieurs recherches scientifiques apportent une lumière nouvelle sur un débat qui est loin d’être clos.

C’est une tendance générale sur le Vieux Continent et qui n’est pas limitée aux seuls pays de l’Union européenne : l’âge de départ à la retraite est en train de reculer progressivement. Objectifs officiels : faire face au vieillissement démographique, lequel n’est atténué que par l’immigration extra-européenne, et satisfaire le besoin, exprimé par les entreprises, d’une main d’œuvre qualifiée et expérimentée de plus en plus difficile à trouver.

Des contraintes de rythme de plus en plus élevées

Or depuis trente ans, les conditions organisationnelles de production ont considérablement changé dans l’ensemble des pays industrialisés. Sans véritable exception, elles ont évolué vers une intensification du travail, des contraintes de rythme de plus en plus élevées, une plus grande polyvalence et une flexibilisation accrue. Loin de disparaître, la pénibilité physique caractéristique d’une poignée de métiers s’est parfois doublée d’une pénibilité psychique responsable d’une part toujours croissante de problèmes de santé d’origine professionnelle. C’est ce qu’indiquait en France un rapport publié par l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) en 2008.

Dans un tel contexte, comment imaginer qu’inciter, voire obliger les personnes à travailler plus longtemps, au-delà des âges de 50, 60 ou 65 ans, puisse être compatible avec une préservation de leur état de santé ? Au risque de choquer ceux qui passent leur vie professionnelle à faire régulièrement le décompte du nombre d’années, de trimestres ou de mois les séparant de leur départ à la retraite, l’affaire ne semble pas impossible ni dénuée d’une certaine pertinence, moyennant le respect de certaines conditions. C’est en effet ce que suggèrent de nombreuses études…

Cette équivalence communément admise entre activité professionnelle et dégradation de la santé

Les récents débats portant sur le report de l’âge de la retraite dans plusieurs pays n’ont pas manqué de faire exploser le nombre d’enquêtes, d’études et d’avis d’experts. Certains (mais pas tous, loin de là !) mettent en avant « l’usure » des travailleurs seniors, aussi bien au niveau physique que sur le plan psychique : articulations abîmées, détresses psychologiques, burn-out… Sans nier la pénibilité de certaines conditions de travail, il faut cependant s’interroger sur cette équivalence communément admise entre activité professionnelle et dégradation de la santé, en particulier après 60 ans.

En effet, lorsque l’on regarde plus attentivement l’ensemble des enquêtes épidémiologiques internationales sérieuses, ainsi que la littérature scientifique portant sur cette thématique, il apparaît que les unes comme l’autre plaident plutôt en faveur de la thèse opposée ! Parce qu’il stimule l’activité physique, les interactions sociales et les facultés cognitives, le travail serait plutôt un facteur de maintien et même d’amélioration de l’état de santé des salariés, y compris les seniors. Sous réserve, bien entendu, que les conditions de travail ne soient pas trop mauvaises ou pénibles.

Dès lors, deux questions viennent immédiatement à l’esprit. D’une part, existe-t-il un âge où les avantages liés au maintien au travail commencent à être contrebalancés par des effets négatifs ? Et, d’autre part, quel est l’impact objectif du départ en retraite sur l’état de santé ?

Une mauvaise santé peut accélérer un départ à la retraite. Une bonne santé aussi...

Apporter une réponse solidement étayée à ces questions est loin d’être facile et ce pour diverses raisons. La première d’entre elles, qui influence fortement les résultats des études, est l’orientation de l’expert. En effet, les réponses apportées par un économiste seront différentes de celles données par un épidémiologiste. Si elles ne sont peut-être pas inconciliables, les deux approches n’en demeurent pas moins assez éloignées l’une de l’autre.

Ensuite, l’un des défis majeurs est de démêler les causalités potentielles des effets. Par exemple, une mauvaise santé peut accélérer un départ à la retraite. Une bonne santé aussi si la personne entend profiter plus tôt de la liberté réelle ou supposée et des possibilités offertes par la retraite. Divers autres facteurs peuvent aussi intervenir dans le choix du maintien en activité, parmi lesquels les contraintes financières. Dans l’ensemble, de multiples critères éminemment personnels rendent difficile l’évaluation du lien entre prolongation de la vie active et santé. L’un d’entre eux relève d’une certaine subjectivité : la santé perçue.

L’état de santé perçu, un déterminant fort du maintien dans l’emploi

Menée il y a quelques années dans plus d’une dizaine de pays européens, l’enquête SHARE, effectuée auprès de 22 000 personnes âgées de 50 ans et plus dans 11 pays européens, a démontré que même pour les seniors, les deux principaux déterminants individuels de maintien au travail sont la satisfaction retirée de l’activité professionnelle et l’état de santé perçu. La variable financière n’arrive qu’en troisième position. Les résultats d’une autre étude ont aussi mis en évidence le fait que la qualité de la trajectoire professionnelle, et notamment le sentiment de sécurité de l’emploi, est intimement lié à l’état de santé perçu des salariés âgés d’au moins 50 ans et en activité. Ce sentiment de sécurité de l’emploi est associé à une augmentation de la probabilité de se sentir en bonne santé, de ne présenter aucun signe de dépression, de ne pas être limité dans ses activités professionnelles et privées et de ne pas souffrir de l’une ou l’autre maladie.

Bien qu’il soit fortement teinté de subjectivité, l’état de santé perçu est, pour les seniors, un déterminant fort du maintien dans l’emploi. Par ailleurs, il existe une corrélation statistique entre l’état de santé et la participation au marché du travail, que ce soit en France ou ailleurs en Europe. Ainsi, déclarer être limité dans ses activités ferait baisser de 36 points le taux d’activité des hommes et de 19 points celui des femmes. En outre, toujours selon une étude scientifique, un actif occupant un emploi présente plus de risques de devenir inactif ou chômeur s’il souffre de problèmes de santé. Le risque d’être inactif dans les quatre ans est multiplié par quatre pour les personnes souffrant d’une affection de longue durée et par 1,5 pour les celles atteintes d’une maladie incapacitante. Quant au risque de chômage, il est deux fois plus élevé pour les personnes qui se considèrent en mauvaise santé comparativement à celles qui se déclarent en bonne santé.

Un groupe improductif, à mettre au rancard

Si l’on adopte une perspective historique, le début des années 1960 a été une période propice aux grandes restructurations des entreprises. Elle mettait particulièrement l’accent sur le fait que les travailleurs vieillissants sont un groupe improductif, à mettre au rancart au profit de salariés plus jeunes. Dans la foulée, de nombreuses mesures de mise à la retraite anticipée ont provoqué une baisse de la présence sur le marché du travail des salariés de 55 ans et plus. Ces pratiques ont normalisé la baisse de l’âge du départ à la retraite, souvent sans tenir compte ni des expériences, ni des choix légitimes, ni des véritables besoins des individus concernés. À grand renfort de rouleau compresseur médiatique, ces mesures ont été socialement définies comme une manière acceptable de réduire la main d’œuvre des entreprises. Si la baisse d’activité rémunérée à partir de 55 ans est devenue une norme sociale et si la retraite anticipée est devenue un statut valorisé – et donc une aspiration pour un certain nombre de salariés – ce n’est donc pas le résultat d’une agrégation de choix individuels, mais bien celui d’une transformation profonde du marché du travail répondant prioritairement à des critères de rentabilité maximale, basée sur la réduction globale des effectifs et l’emploi d’une main d’œuvre plus jeune et moins onéreuse pour les entreprises.

La mise à la retraite est un évènement particulièrement stressant

A cette époque, d’innombrables publications ont cependant commencé à mettre en avant le fait que la retraite imposée et non choisie pouvait nuire à la santé des personnes concernées. Ainsi, dès les années 1960-1970, plusieurs études révélaient que la mise à la retraite est un évènement particulièrement stressant. Certaines d’entre elles mettaient surtout en avant le fait qu’elle mène à une rupture avec les réseaux de soutien et induit, entre autres, une dégradation plus ou moins prononcée de la santé mentale.

Ces études, qui sont aussi vieilles que le débat sur l’âge idéal du départ à la retraite, commencent cependant à dater. Depuis, les avancées en épidémiologie ont été nombreuses. La question est de savoir si elles ont réussi à apporter des éléments nouveaux et si aujourd’hui elles penchent plutôt en faveur d’un impact positif ou négatif de la retraite pour les seniors.

Risque accru de décès chez les retraités précoces

De nouvelles études sont apparues au début des années 2000. Pour la plupart, elles font toujours référence aujourd’hui. On peut ainsi mentionner une étude menée en Grande-Bretagne qui a examiné les mesures de santé autodéclarées et les mesures objectives de santé sur la base d’échantillons de sang. Ses auteurs déclarent trouver, pour les hommes, des preuves d’un effet positif de la retraite sur la santé, insistant cependant sur le caractère temporaire de cet effet ; et pour les femmes, aucun effet… Les partisans d’un départ précoce à la retraite s’en frottent tout de même les mains. Un peu vite, peut-être…

En effet, les auteurs d’une autre étude menée aux États-Unis ont cherché à tester l’association entre l’âge de la retraite et la mortalité, toutes causes confondues. Sur les 500 décès survenus durant la période d’observation, les auteurs ont trouvé un risque accru de décès chez les retraités précoces, notamment chez les préretraités ! Et dans le sous-groupe des personnes ayant attribué leur départ en retraite à une raison de santé, ils ont trouvé un risque de mortalité, toutes causes confondues, plus faible si ces personnes prenaient leur retraite… plus tard.

« Il existe une forte association entre emploi et état de santé chez les personnes âgées »

Et ce n’est pas tout ! Toujours aux USA, une étude menée durant plus de 15 ans auprès de 83 000 répondants âgés de plus de 65 ans, avec un âge moyen de 74,6 ans, a permis à ses auteurs de tester l’association des facteurs socio-économiques et des comportements de santé avec l’état de santé perçu, les limitations fonctionnelles et la multi-morbidité. Les conclusions de cette étude sont sans appel : « Il existe une forte association entre l’emploi et l’état de santé chez les personnes âgées, au-delà de ce qui peut s’expliquer par des facteurs socio-économiques (par exemple l’éducation, le revenu) ou des comportements de santé (par exemple le tabagisme) ». Dit plus simplement, il apparaît que le fait de ne pas ou plutôt de ne plus travailler doit être considéré comme la variable la plus fortement associée à un mauvais état de santé perçu (qui peut être partiellement subjectif), ainsi qu’à des limitations fonctionnelles et à la présence d’affections chroniques (qui sont des données objectives).

La corrélation positive entre la prolongation de la vie active et la bonne santé semble transitoire

Revenons de notre côté de l’Atlantique. Parue en 2009, une étude suédoise confirme les conclusions des travaux menés en Grande-Bretagne et aux États-Unis, mais elle module quand même légèrement les résultats obtenus chez les Anglo-Saxons. Les Suédois ont exploré la relation entre la prolongation de la vie professionnelle et l’état de santé subjectif par auto-déclaration auprès de 20 000 répondants âgés de plus de 65 ans, âge normal de la retraite en Suède au moment de la réalisation de l’enquête. Pour l’essentiel, elle repose sur une comparaison de l’état de santé de deux groupes de retraités : un premier groupe qui a complètement quitté le marché du travail à l’âge de 65 ans, et un second groupe qui est resté en activité après cet âge-là. En utilisant un modèle linéaire – et après avoir contrôlé une série de variables socio-économiques, ainsi que les expériences antérieures sur le marché du travail, l’espérance de vie attendue, le revenu et la santé avant la retraite – les auteurs montrent que ceux qui continuent à travailler, essentiellement de manière volontaire, après 65 ans ont en moyenne une probabilité de 6,8 % plus élevée de se déclarer en meilleure santé pendant la retraite que ceux qui quittent le travail à l’âge légal.

Une fois de plus, le résultat est a priori sans ambiguïté et penche résolument en faveur d’une prolongation du nombre d’années de travail et d’un report de l’âge de la retraite. Scientifique et objective, cette même étude module cependant quelque peu ses conclusions. Selon ses auteurs, la corrélation positive entre la prolongation de la vie active et la bonne santé, si elle est bien réelle, semble transitoire. Elle disparaîtrait avec le temps. L’avantage pour la santé de travailler après l’âge « normal » ou légal de la retraite disparaîtrait au bout d’une demi-douzaine d’années en moyenne. Ce qui fait quand même six ans de bonne santé de gagnés (probablement grâce au maintien de l’activité, des contacts sociaux et d’une activité cognitive), ce qui est loin d’être négligeable…

Les préretraités souffrent davantage de déclin cognitif

Fondées sur les avancées scientifiques les plus récentes, les études modernes plaident donc globalement plutôt en faveur d’un allongement de la durée de temps de travail pour préserver sa bonne santé. Mais qu’en est-il de la santé cognitive qui pose de plus en plus de problèmes chez un nombre toujours croissant de seniors ?

Pour avoir une bonne idée de la pertinence – ou pas – de poursuivre une activité professionnelle passé l’âge légal de la retraite sur la santé cognitive, on peut se référer à un excellent article scientifique paru en 2010 qui a utilisé les données d’une grande étude américaine, la Health and retirement study, pour effectuer une comparaison des scores obtenus par les participants américains à l’étude avec les données issues d’études comparables menées dans douze pays européens. Les auteurs révèlent que les scores de performance cognitives sont sensiblement plus élevés aux USA où – et ce n’est pas un hasard – une plus grande proportion de seniors restent pleinement actifs passés 60 ans.

Quatre ans après cette étude américaine, une étude française s’est focalisée sur le risque de démence, dont Alzheimer, chez les travailleurs indépendants, en croisant l’entrée en affection de longue durée (ALD) avec les âges de cessation d’activité. Pour cela, 430 000 travailleurs en vie et retraités au moment de l’étude ont été observés. Pour ne pas fausser les résultats, les auteurs ont exclu les personnes ayant reçu un diagnostic de démence dans les cinq ans suivant leur retraite. La conclusion est sans appel : les travailleurs indépendants qui prennent leur retraite à un âge tardif (notamment après l’âge légal de la retraite) ont un risque beaucoup plus faible de développer une forme de démence que les retraités précoces.

Tous les autres travaux et articles scientifiques qui servent actuellement de référence vont dans le même sens : il apparaît que la cognition, mesurée principalement par les capacités de mémoire (rappel différé de mots, etc.), diminue durant la retraite. Pour résumer les choses, l’immense majorité des études menées depuis les années 2000-2005 affirment clairement que, pour un âge donné, les préretraités souffrent davantage de déclin cognitif et de problèmes de santé que les retraités plus tardifs. Plus précisément, en se fondant sur l’étude européenne SHARE déjà évoquée plus haut, Axel Börsch-Supan et Morten Schuth affirment que « la retraite anticipée peut s’avérer à double tranchant du fait d’un déclin cognitif associé. En outre, l’impact de la retraite sur la mesure subjective du bien-être semble être négatif. »

Travailler tard ou très tard pourrait ne pas toujours être bénéfique

L’ensemble des études menées des deux côtés de l’Atlantique, fondées sur les avancées scientifiques les plus pointues et rigoureuses, semble donc aller dans le même sens : plus un travailleur prend sa retraite tardivement, plus sa santé cognitive et sa santé physique sont préservées. Et plus son état de santé perçu est bon. Cela veut-il dire que tout le monde a intérêt à partir le plus tard possible à la retraite ? Pas si vite !

Certaines monographies essentiellement françaises tendent à montrer que travailler tard ou très tard pourrait ne pas être toujours bénéfique. Ainsi, les économistes Thomas Barnay et Éric Defebvre estiment que la retraite peut, dans des conditions précises, jouer un rôle positif sur la santé. Pas pour toutes les personnes actives, mais principalement pour des personnes qui ont été exposées durant leur vie professionnelle à des conditions de travail pénibles. Sur la base d’un échantillon de 6472 personnes (dont près de 2750 retraités) âgées de 45 à 74 ans et interrogées en deux vagues (une première fois en 2006 et une seconde fois en 2010), ils ont étudié l’impact de conditions de travail dites « pénibles » ou « dégradées » sur l’ampleur des bénéfices de santé au moment de la retraite. Selon eux, pour les hommes non diplômés ayant connu certains facteurs de risques physiques durant leur carrière, la retraite diminue la probabilité de se déclarer en mauvaise santé, de souffrir d’une affection chronique, d’anxiété et/ou de dépression. Chez les personnes qui n’ont été que peu ou pas exposées à des facteurs de risque physique, la retraite améliore aussi l’état de santé perçu (ce qui est subjectif), mais pas les maladies chroniques. Les chercheurs et autres scientifiques mettent donc l’accent sur le poids – au moment de prendre sa retraite – des conditions de travail physiquement pénibles, mais aussi sur celui des risques psychosociaux induits par la mise à la retraite.

Il apparaît donc clairement que le type d’emploi et les conditions de travail sont des facteurs déterminants dans les relations objectives et subjectives qui existent entre le travail et la santé. Pour la grande majorité des chercheurs, des scientifiques et des experts, les politiques visant à prolonger la durée de la vie professionnelle doivent impérativement être accompagnées d’un changement de pratiques en milieu professionnel afin de diminuer les effets négatifs des conditions de travail sur certains sous-groupes de population.

Optimiser les conditions de travail

Il semble donc évident que des conditions de travail pénibles et une exposition prolongée à toute une série de facteurs de risques sont susceptibles de nuire à la santé des personnes qui y sont confrontées. Cependant, il serait contraire aux connaissances scientifiques actuelles d’affirmer que, du point de vue de la santé physique et/ou psychologique, l’inactivité est préférable au travail, y compris chez les seniors. Bien entendu, il faut que les conditions de travail et d’emploi le permettent. Globalement, on peut désormais affirmer sans ambiguïté que la poursuite – même à un âge plus avancé – d’une activité professionnelle, avec tout ce qu’elle peut comporter de sollicitations des capacités physiques, sociales et cognitives, est un meilleur gage de santé globale que la cessation de l’activité, laquelle éloigne d’un cadre professionnel stimulant.

Pour dire les choses autrement – sans préjuger de l’issue de l’interminable débat sur l’âge légal de la retraite dans les divers pays – l’impératif de santé publique devrait être d’optimiser les conditions de travail et d’emploi des personnes actives, de façon à ce que ces dernières puissent rester actives aussi longtemps qu’elles le désirent et en sont physiquement et intellectuellement capables, même au-delà de l’âge légal de la retraite tel qu’il est fixé pays par pays.

Des carrières professionnelles plus longues présentent indéniablement de grands bénéfices économiques pour l’ensemble de la société. Mais il est tout aussi certain que des carrières professionnelles à la fois plus douces et plus longues présentent aussi – à titre individuel – une multitude d’avantages en termes de vieillissement en bonne santé physique, psychologique et cognitive. « Le travail, c’est la santé », disait une chanson d’Henri Salvador. Moyennant le respect de certaines conditions ce peut être vrai aussi pour les seniors.

« Travailler me vivifie ! »

Okinawa au Japon, la province du Nuoro en Sardaigne, l’île grecque d’Ikaria ou la péninsule de Nicoya au Costa Rica… Même éloignées géographiquement, ces régions du monde ont un point commun : ce sont des Zones Bleues où l’on rencontre un nombre particulièrement élevé de centenaires en bonne santé. Lorsqu’on les interroge, on retrouve une constante chez la plupart d’entre eux : le maintien d’une activité physique et, dans plusieurs cas, professionnelle. En France aussi, on peut trouver des seniors qui poursuivent avec brio une activité professionnelle à un âge très avancé. En témoigne la Nantaise Monique Guillemot qui, à 96 ans, poursuit sa carrière d’antiquaire et gère son entreprise d’une main de maître, réalisant des affaires jusqu’en Asie. Monique Guillemot a fait l’objet d’un long et élogieux article dans Le Figaro du 26 décembre 2022. « Travailler me vivifie », confie-t-elle. Son credo : « La retraite ? Connais pas ! »

Philippe Chavanne