Le matériau et le revêtement d'une poêle sont des éléments importants à prendre en considération lors de l’achat. Quels sont les revêtements les plus courants et ceux qui suscitent des inquiétudes en raison de leur toxicité ? Parmi les options telles que l'aluminium, l'inox, l'acier doux et la fonte, quels matériaux devraient être priorisés ? Quels types de poêles sont les plus performants à la cuisson ? ABE vous guide.
« Sans PTFE », « Sans PFOA », ou encore « Faibles émissions de CO2 » : ce sont là des allégations prônant la santé et l’écologie que les fabricants mettent désormais en avant. Malgré ces annonces rassurantes, on retrouve toujours dans les magasins des poêles antiadhésives contenant du PTFE (Téflon). Pour prendre la bonne décision, il est donc crucial de ne pas se fier aveuglément aux étiquetages, mais plutôt de comprendre la composition réelle de vos poêles.
Tous les revêtements ne se valent pas
La plupart des poêles sont pourvues d'une surface antiadhésive, offrant plusieurs avantages. Non seulement cela réduit la nécessité d'utiliser des matières grasses pour empêcher les aliments de coller, mais cela prévient également toute transmission éventuelle de métaux aux aliments (comme l'aluminium). Bien que le Téflon ait longtemps dominé le marché des revêtements antiadhésifs, la céramique est désormais une alternative de plus en plus prisée.
Les controverses autour du revêtement Téflon (PTFE)
Le revêtement Téflon, également connu sous le nom de PTFE (polytétrafluoroéthylène), présente une stabilité précaire : il est sensible aux rayures, surchauffes, écarts thermiques, chocs et usures diverses pouvant entraîner des fissures et des dégradations. En effet, les ustensiles revêtus de PTFE libèrent des gaz et des produits chimiques potentiellement toxiques à la cuisson. Auparavant, la synthèse du PTFE impliquait l'utilisation du PFOA (acide perfluoro-octanoïque), un perturbateur endocrinien désormais interdit en Europe depuis juillet 2020. Cependant, certains pays comme la Chine continuent de l’employer, d’où la nécessité de faire attention à l’origine des poêles que l’on achète. Depuis, le PFOA a été remplacé par un autre composé, le GenX, permettant de créer des polymères fluorés sans utiliser de PFOA. Cependant, ce dernier est également suspecté d'être nocif, présentant une certaine toxicité au niveau cellulaire et ayant des effets potentiellement néfastes sur la santé, similaires à ceux du PFOA (toxicité pour les reins, le foie, le système immunitaire, etc.). Il est même qualifié de « substance extrêmement préoccupante » par l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA). En outre, d'autres composés perfluorés toxiques, tels que le PFHxA et le PFHxS, ont été découverts dans l'analyse de diverses poêles.
Dans un souci de précaution, il est recommandé d'éviter les poêles revêtues de Téflon, même si elles sont étiquetées « sans PFOA », et de privilégier des matériaux présentant un moindre risque pour la santé. De fait, le magazine 60 millions de consommateurs souligne que les allégations « sans PFOA » ne garantissent pas l'innocuité du produit, car les compositions exactes utilisées dans la fabrication restent souvent confidentielles, ce qui peut poser des risques pour les consommateurs.
Céramique versus Téflon
La céramique est souvent présentée comme une alternative plus saine au Téflon. Les fabricants la décrivent principalement comme étant composée de silice et de liants à base d'alcool, mais le voile persiste sur d'autres éléments de sa composition. En effet, les industriels ne sont pas tenus de révéler tous les composants utilisés, créant ainsi une certaine opacité. Aussi des tests ont-ils mis en lumière la présence de composés toxiques dans certains modèles de poêles en céramique. Si l'on souhaite acquérir ce type de poêle, privilégier celles arborant la mention « Sans métaux lourds » semble être la meilleure option pour s'assurer d'un ustensile le plus sain possible. C’est, par exemple, le cas de la marque française Aubecq, qui emploie un revêtement antiadhésif à base de céramique nommée « Ceramics 5G® », garantissant l'absence de métaux lourds toxiques, de PTFE et de PFOA. De même, GreenPan propose une alternative sans PFOA, PTFE, plomb et cadmium. Attention : les poêles en céramique sont fragiles, vulnérables aux chocs et aux rayures. Elles sont, en général, recommandées pour les cuissons à basse température.
Optez pour des revêtements garantis sans composés toxiques
Pour résoudre le problème de la transparence sur la composition des poêles, l'Institut national de la consommation (INC) a interpellé les autorités, réclamant un étiquetage obligatoire pour informer objectivement les consommateurs sur les matériaux utilisés. Cette démarche vise également à proscrire les allégations telles que « sans PFOA » pour une meilleure régulation du marché. Certains fabricants ont développé des revêtements antiadhésifs garantis sans composés toxiques. En voici quelques exemples.
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La marque Cristel utilise un revêtement nommé Exceliss+® garanti sans PFOA et PFOS.
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La marque De Buyer, avec sa gamme Minéral B, applique de la cire naturelle d’abeille sur ses poêles en acier. C’est une protection temporaire contre l’oxydation qui facilite aussi le culottage.
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La marque Berghoff adopte un revêtement FernoGreen fait à partir de PTFE mais garanti sans PFOA, GEN-X, BPA, APEO, NMP et PFOS.
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La marque Mathon emploie un revêtement imitant la pierre nommé « Dur comme la pierre », garanti sans PFOA (la poêle est fabriquée à partir d’une fonte d’aluminium dans laquelle de petites particules de granites ont été projetées et incrustées sous forme de couche).
Si vous souhaitez acheter une poêle avec un revêtement antiadhésif, choisissez donc les enduits développés sans composés toxiques.
Quels matériaux privilégier ?
L’inox : un excellent choix
Les poêles en acier inoxydable (inox) sont des ustensiles réputés non toxiques pour la santé. Leur composition varie avec différents types d'inox, tels que le 18/10, le 18/8 ou le 18/0. Ces ratios font référence aux proportions de chrome et de nickel. Ainsi, l'inox 18/10 est considéré comme d'une qualité optimale. Composé à 18 % de chrome et 10 % de nickel, il offre une solidité accrue (résistance aux rayures) tout en restant inerte vis-à-vis des aliments, ce qui élimine tout risque pour la santé. En dépit de ses avantages, l'inox a une faible conductivité thermique. Ainsi l'épaisseur de la poêle joue-t-elle un rôle crucial dans ses performances, car elle favorise une meilleure répartition et conduite de la chaleur. Aussi, opter pour une épaisseur minimale de 5 mm pour les poêles haut de gamme est recommandé. Les modèles d’entrée de gamme bon marché se situent plutôt aux alentours de 0,5 mm d’épaisseur : moins épaisses, les risques de déformation à la chaleur augmentent, ce qui réduit l'efficacité de la diffusion de la chaleur et accroît la consommation énergétique. Les poêles en inox sont souvent dotées de fonds multicouches, offrant une répartition homogène de la chaleur. Les modèles trois couches (inox, cuivre ou aluminium au centre, inox), cinq couches (avec des couches intérieures de métal thermo-conducteur, comme de l'aluminium), voire sept couches (cinq couches de métal thermo-conducteur entre deux couches d'inox) garantissent une cuisson uniforme et une diffusion optimale de la chaleur. Un fond encapsulé indique la présence d'aluminium « enrobé », protégé des détergents et évitant tout contact direct avec les aliments.
Pour une qualité optimale, une poêle en inox 18/10 d’au moins 5 mm d'épaisseur en trois couches, idéalement avec une garantie de 20 à 25 ans, est recommandée. Mieux vaut y mettre le prix.
L’acier doux et la fonte : antiadhérents au fil du temps
L'acier doux et la fonte sont tous deux composés principalement de fer et de carbone (bien que leur teneur en carbone diffère légèrement). Ce qui distingue ces poêles, c'est leur capacité à acquérir une propriété antiadhésive naturelle avec le temps. Pour cela, il est essentiel de les culotter au départ. Au fil des utilisations, la poêle développe une antiadhérence naturelle : plus elle est utilisée, plus elle se culotte, diminuant ainsi son pouvoir adhésif. Les poêles en acier doux et en fonte, en principe dépourvues de revêtement, sont donc parfaitement saines pour la cuisine. Elles se distinguent par leur solidité (résistantes aux rayures et aux coups de couteau) et leur durabilité (25 à 30 ans). Les poêles en acier doux excellent dans la transmission rapide de la chaleur et sont donc idéales pour saisir, griller et dorer les aliments à haute température. En revanche, les poêles en fonte répartissent la chaleur uniformément et la restituent progressivement : elles sont donc plutôt recommandées pour les cuissons prolongées à basse température. Il est conseillé de privilégier les poêles en fonte brute, évitant ainsi les émaux potentiellement contaminés par du plomb ou du cadmium. À noter que les poêles en fonte sont assez lourdes, ce qui peut ne pas convenir à tous.
L’aluminium : économique mais controversé
Les poêles en aluminium sont légères, bon marché, et ont une excellente conductivité thermique pour une cuisson efficace. Cependant, malgré une migration relativement faible de l'aluminium vers les aliments pendant la cuisson, la prudence reste de mise. En effet, une étude a mis en évidence des risques potentiels pour la santé liés à une consommation excessive d'aliments cuits dans du papier d'aluminium.
Les dangers de l’aluminium
L'aluminium est classé comme neurotoxique, pouvant altérer la croissance des cellules cérébrales humaines. Même de petites quantités d'aluminium ingérées sur le long terme pourraient entraîner des répercussions sur la santé. Les liens potentiels entre la consommation d'aluminium et des maladies graves telles que la maladie d'Alzheimer, de Parkinson, les problèmes rénaux, les troubles osseux ou le cancer du sein sont actuellement explorés.
Par exemple, la corrélation entre la maladie d'Alzheimer et l'aluminium est en cours d'étude : des concentrations anormalement élevées d'aluminium ont été observées dans les cellules cérébrales des patients atteints d'Alzheimer, et des recherches récentes ont établi un lien entre l'utilisation de récipients en aluminium et la maladie chez des sujets âgés.
Enfin, des études sur des animaux ont montré que la consommation prolongée d'eau bouillie dans des récipients en aluminium pouvait entraîner des dommages cellulaires et des altérations génétiques, en particulier lorsque les récipients vieillissent. Étant donné que l'alimentation représente la principale voie d'exposition à l'aluminium, il est recommandé de limiter son utilisation.
Si vous achetez une poêle en aluminium, assurez-vous qu’elle ait un revêtement (garanti sans composés toxiques) qui prévienne la transmission du métal aux aliments.
Côté performances, quelles sont les meilleures poêles ?
Afin d’obtenir des informations à ce sujet, il convient que des études soient faites en laboratoire. C’est notamment le travail de certaines institutions telles que l’INC, dont nous avons parlé. Un article datant de mai 2022 intitulé « Poêles de cuisson : présentent-elles un risque pour la santé, ? » expose les résultats de leur étude ayant analysé 14 modèles de poêles. Les marques n’y sont pas indiquées, mais elles sont accessibles dans un numéro spécial de 60 millions de consommateurs. Dans la catégorie des poêles antiadhésives, c’est la poêle Green Chef Healthy Ceramic qui a remporté la première place avec une note de 17/20 (36 €). Parmi celles en acier, c’est la poêle tout inox Mathon qui a gagné avec également une note de 17/20 (55 €).
La sélection
Poêle inox 24 cm - Lagostina
Poêle en inox 18/10 avec trois couches (base Lagotherm®). Convient pour tous feux, dont induction. Sans revêtement, garantie 25 ans (selon le site du fabricant).
Prix : 74 sur le site en ligne de www.carrefour.fr
Poêle en acier minéral B 24 cm - De Buyer
Poêle ronde en acier revêtue d'une fine couche de cire naturelle d’abeille. Convient pour tous feux, dont induction. Ne va pas au lave-vaisselle.
Prix : 62 € sur le site en ligne www.e.leclerc.com
Poêle antiadhésive 24 cm - Berghoff
Poêle en aluminium avec revêtement antiadhésif Fernogreen, garanti sans PFOA, GEN-X, BPA, APEO, NMP et PFOS. Tous feux, dont induction.
Prix : 54 € sur le site en ligne de www.e.leclerc.com
Rémi Moha
