Clés pour comprendre le nouveau Nutri-Score

Rédigé le 02/09/2025
Rémi Moha


Avec l’arrivée du nouveau calcul du Nutri-Score 2024, nos habitudes alimentaires sont sur le point d’évoluer. Comment cette révision devrait-elle mieux refléter les récentes avancées scientifiques ? Quels changements concrets apportera-t-elle concernant les produits d'usage courant ? Et, face aux réticences de certains industriels, comment assurer un affichage généralisé pour le plus grand bien de notre santé et nous aider à concocter de meilleures recettes ? Le Bon Choix Santé fait le point et vous guide pour opérer des choix éclairés lors de vos courses.

Depuis son introduction en 2017, le Nutri-Score s’est imposé comme un repère essentiel pour évaluer la qualité nutritionnelle des aliments. Ce système attribue une note de couleur allant de A (meilleure qualité nutritionnelle) à E (moins favorable), basée sur un calcul prenant en compte les nutriments qu’il faudrait favoriser (fibres, protéines, fruits, légumes, légumineuses, fruits à coque, huiles de colza, de noix et d’olive) et ceux qu’il faudrait limiter (calories, sucres, acides gras saturés, sel). Bien qu’il ne soit toujours pas obligatoire, 60 % des marques l’affichent sur leurs produits en France. Une partie des industriels continue pourtant d’y être réfractaire. Si l’idée de base était bonne pour identifier aisément la qualité nutritionnelle des aliments, le Nutri-Score originel n’était néanmoins pas parfait et appelait une révision. Depuis 2024, le système applique une nouvelle méthodologie de calcul plus stricte. Aligné sur les dernières recommandations nutritionnelles, il guide les consommateurs vers des choix plus sains tout en poussant l’industrie à améliorer ses produits afin de lutter efficacement contre la malbouffe.

Une révision nécessaire suite aux évolutions scientifiques

En janvier 2024, Santé publique France a détaillé les ajustements du Nutri-Score censés mieux refléter les connaissances actuelles et les recommandations de santé publique. Ces modifications se proposent de corriger certains déséquilibres nutritionnels dans l’alimentation des Français. Le nouveau Nutri-Score prend ainsi mieux en compte l’impact des édulcorants, des fibres, des graisses insaturées et des aliments ultra-transformés, en alignant ses critères sur les priorités nationales et européennes en matière de santé. L’objectif principal reste de promouvoir une alimentation équilibrée en orientant les consommateurs vers des choix plus éclairés. Mais il s’agit aussi d’inciter les industriels à améliorer leurs recettes (par exemple, en remplaçant un édulcorant artificiel par du sucre). Ces changements ont donc pour effet de mettre davantage en avant les aliments peu transformés, riches en nutriments essentiels.

Les nouveautés du Nutri-Score 2024 : 30-40 % des produits évoluent

Les nutriments et les aliments qu’on recommande de favoriser ou de limiter n’ont pas changé, c’est l’algorithme de calcul qui a évolué. Dans l'ensemble, les ajustements de l'algorithme entraînent un classement plus sévère des produits, à l'exception de quelques catégories spécifiques. Les produits sucrés et salés sont désormais moins bien classés, du fait de ces réajustements plus pénalisants. Voici les grandes lignes de cette nouvelle version du Nutri-Score.

Boissons : L’eau demeure la seule boisson classée en catégorie A. Celles faiblement sucrées (moins de 2 g/100 mL) passent en B, tandis que celles qui ont une forte teneur en sucre restent classées en D ou E, la nouvelle version permettant une distinction plus précise selon leur teneur exacte. Les sodas light, ou boissons « sans sucre », contenant des édulcorants artificiels comme l’aspartame ou le sucralose, voient leur notation déclassée, passant souvent de B à C, voire D ou E, selon la composition.

Produits riches en fibres : Les céréales et les farines complètes obtiennent de meilleures notes (A ou B) alors que leurs versions raffinées (farine blanche, pain blanc) sont davantage pénalisées (C ou D). Cette différence s’explique par le processus de raffinage, qui élimine une grande partie des fibres, vitamines et minéraux présents dans l’enveloppe externe des grains. En conséquence, les versions raffinées apportent moins de nutriments essentiels et leur impact sur l’indice glycémique est plus élevé, ce qui à long terme peut être préjudiciable à la santé.

Produits laitiers et boissons végétales : Ils sont désormais classés parmi les boissons (et non plus parmi les produits alimentaires), ce qui leur vaut des scores généralement plus bas. Les laits aromatisés et les yaourts à boire sucrés, auparavant classés A ou B, passent majoritairement en D ou E en raison d'une pénalisation accrue des sucres. Les boissons végétales, comme celles à base de soja ou d'amande, se répartissent désormais entre B et E selon leur composition. Les laits écrémés et demi-écrémés sont désormais classés en B, et le lait entier en C.

Fromages : Les fromages à pâte pressée pauvres en sel, comme l’emmental, progressent de D à C, tandis que les autres fromages restent classés C, D ou E, selon leur teneur en sel et en acides gras saturés.

Huiles : Les huiles riches en oméga-3 (colza, noix) montent en classification (B ou C au lieu de D) en raison de leurs bienfaits sur la santé cardiovasculaire. L’huile d’olive, bien que ne contenant pas directement d’oméga-3, progresse également dans les classements (elle passe de C à B) pour sa teneur en acides gras mono-insaturés et à ses effets protecteurs contre les maladies cardiaques. L’huile de coco et le beurre se maintiennent entre D et E du fait de leur teneur élevée en graisses saturées.

Produits très sucrés, salés et plats préparés : Les biscuits industriels et les plats préparés très transformés voient leur score dégringoler, passant souvent de C à D ou E, ce qui reflète leur impact négatif sur la santé. Ces produits sont souvent riches en sucres ajoutés, en sels et/ou en mauvaises graisses (comme les acides gras trans), tout en étant pauvres en nutriments essentiels tels que les fibres et les vitamines. Les plats préparés, particulièrement ceux riches en graisses saturées ou en sel, voient leur place dans le classement baisser, passant généralement des catégories A/B aux catégories B/C, voire D selon les produits, comme certaines pizzas.

Viandes et poissons : La volaille et les poissons sont mieux classés que la viande rouge, dont on gagnerait à limiter la consommation. Les produits de la pêche, en particulier les poissons gras (sardines, maquereaux, etc.) non salés ou sans huile ajoutée, sont majoritairement classés en A ou B, un choix justifié par des études épidémiologiques qui soulignent leurs bienfaits pour la santé, notamment grâce à leur richesse en oméga-3.

Oléagineux et graines : Les fruits secs oléagineux et graines nature, sans sel ou sucre ajouté, obtiennent généralement un A ou un B, tandis que leurs versions salées ou sucrées se situent majoritairement en C ou D.

Prochaine étape : intégrer le degré de transformation et la présence de pesticides

Le Nutri-Score, bien qu'utile, n'intègre pas toutes les dimensions telles que le degré de transformation et la présence de pesticides. C’est l’une des prochaines étapes que les spécialistes souhaitent voir appliquer. En effet, les aliments ultra-transformés, qui contiennent de nombreux additifs et ont subi des processus industriels complexes, sont associés à des risques accrus de maladies chroniques. Par ailleurs, les résidus de pesticides dans les aliments peuvent présenter des risques pour la santé, raison pour laquelle le Nutri-Score souligne l'importance de méthodes de production plus naturelles. Actuellement, il paraît difficile de fusionner ces deux dimensions, à savoir la qualité nutritionnelle et le degré d’ultra-transformation, dans un algorithme unique capable de refléter à lui seul la valeur « santé » globale d’un aliment. Une alternative pourrait consister à les associer visuellement, par exemple en encadrant le Nutri-Score d’une bordure noire pour signaler un aliment ultra-transformé.
 

Évolution de quelques produits du quotidien

Les céréales du petit-déjeuner

  • Nesquik, Chocapic et Nature Fitness : de A à C

  • Spécial K : de B à C

  • Lion : de C à D

  • Bjorg muesli sans sucres ajoutés : de A à A

Les boissons

  • Coca-Cola Zéro : de B à C

  • Lipton pêche : de C à D

  • Tropicana jus d’orange 100 % : de C à C

  • Volvic citron : de C à B

  • Sprite : de E à D

Cacaos en poudre

  • Nesquik : de B à D

  • Starbucks signature chocolat : de B à C

  • Banania bio : de B à D

Les huiles

  • Huiles d’olive et de colza : de C à B

  • Huiles de tournesol, de maïs et d'arachide : de D à C

  • Huile de coco : de E à D

  • Beurre : de E à E

 

Plats préparés

  • La poêlée paysanne de Bonduelle : de A à B

  • Salade de pâtes, crudités, œuf-poulet « Manhattan » de Sodebo : de B à A

  • Poulet au curry et noix de coco de WW : de A à C

  • Quinoa tomates olives de Bjorg : de A à C

Face au poids des lobbies, la France traîne des pieds…

Dans certains pays européens, comme l’Allemagne, la Belgique, la Suisse et les Pays-Bas, le nouvel algorithme est entré en vigueur le 1er janvier 2024. En revanche, en France à l’heure actuelle, l'arrêté ministériel qui doit valider le nouveau mode de calcul de cet indicateur nutritionnel n'a toujours pas été publié… Seules quelques marques l’affichent à titre volontaire. Pourtant, après deux années de travaux scientifiques, il est prêt et disponible depuis le 1er janvier 2024 ! « Du côté du gouvernement, on ne parle que d'un retard purement technique, explique Serge Hercberg, ancien directeur du PNNS (Programme national nutrition santé) et présenté comme le « père » du Nutri-Score. Mais on sait qu'il y a derrière ce retard l'action vraisemblable de certains lobbies, qui refusent le Nutri-Score. Ce qui est le cas de Lactalis, Coca-Cola, Ferrero, Mars ou d'autres marques. »

Fin 2025, pour une conformité totale de tous les produits

Depuis le 1er janvier 2024, les industriels et les distributeurs disposent d’un délai de deux ans (fin d’année 2025) pour mettre leurs emballages en conformité et appliquer le nouveau Nutri-Score. Mais d'ici là, les deux versions du Nutri-Score vont temporairement coexister, créant des confusions chez les consommateurs. Les nouveaux produits adopteront la nouvelle signalétique tandis que les anciens conserveront l’ancienne jusqu’à épuisement des stocks. Impossible donc de savoir si c’est le nouveau Nutri-Score, souvent plus strict, qui figure sur l’emballage, ou bien l’ancien… Par ailleurs, une future révision, qui intégrera peut-être les additifs, est prévue d’ici 5 à 6 ans. Pour pallier ce problème, les autorités de santé publique ont introduit une bannière bleue portant la mention « Nouveau calcul ».

La bannière « Nouveau calcul »

Cette bannière apparaîtra dans un premier temps sur tous les produits figurant dans l’application Open Food Facts, qui applique actuellement la nouvelle formule pour tous les produits de leur plate-forme. Les consommateurs disposent ainsi d’un repère visuel clair dans les supermarchés. Pour cela, vous pouvez télécharger Open Food Facts et scanner les produits avec votre téléphone. Il est aussi possible de trouver le nouveau Nutri-Score sur les pages produits de son site web (fr.openfoodfacts.org).

Transparence sélective et résistance des industriels

La mise en œuvre du nouveau Nutri-Score ne fait pas l’unanimité chez certains industriels, qui adoptent des stratégies pour minimiser son impact. Audrey Morice, chargée de campagne pour l'ONG Foodwatch France, reproche aux lobbies de bloquer la mise en application du nouveau Nutri-Score, dont la nouvelle version ne leur plaît pas : « C’est inadmissible. Il faut arrêter de faire passer les profits de l'industrie agroalimentaire avant la santé des consommateurs. »

Un grand groupe français dans le secteur des produits laitiers a ainsi décidé de retirer le Nutri-Score de certaines de ses sous-marques, tout en le conservant sur ses yaourts classiques. Cette décision a été motivée par la rétrogradation des produits concernés, qui auraient obtenu des scores moins avantageux avec le nouvel algorithme (leurs yaourts à boire passent de la catégorie « Produits laitiers » à la catégorie « Boissons sucrées », ce qui a entraîné une forte dégradation de leur note concernant certains produits, de B à D). En Belgique, cette pratique a été jugée illégale par le SPF Santé Publique, qui exige une cohérence dans l’application du Nutri-Score au sein d’une même gamme de produits. Par ailleurs, fin 2023, juste avant le durcissement des critères, une autre entreprise bien connue a également annoncé sa volonté de supprimer le logo de ses articles. En revanche, elle l’a remplacé par un logo environnemental « Planet-Score », qui n’a aucun rapport avec la composition nutritionnelle des aliments ! Une autre grande marque française a annoncé que, sur certains de ses produits (certainement mal notés), le Nutri-Score serait désormais accessible via un QR code, ce qui ne permet pas d’obtenir l’information en un coup d’œil… Un choix jugé « hypocrite » selon l’ONG Foodwatch.

40 % des industriels n’affichent pas le Nutri-Score !

Selon une enquête menée par UFC-Que Choisir, environ 40 % des marques françaises n’affichent toujours pas le Nutri-Score sur leurs produits, même s’il est disponible depuis 2017. Parmi les marques les moins transparentes figurent des géants de l'industrie, qui préfèrent mettre en avant d'autres outils moins standardisés et parfois trompeurs.

Cette résistance s'explique par des intérêts commerciaux, les produits les moins bien notés ayant tout à perdre avec un affichage visible du Nutri-Score. Par ailleurs, l'absence d'une obligation légale en Europe complique la situation. C’est la raison pour laquelle de nombreux acteurs comme UFC-Que Choisir militent activement pour que l'affichage devienne obligatoire, afin de garantir une information équitable et transparente pour tous les consommateurs. Un groupe de 1 142 scientifiques et professionnels de santé a d’ailleurs envoyé une lettre ouverte au Premier ministre pour formuler cette demande.

En France, malgré son caractère non obligatoire, 1 359 marques étaient engagées en faveur du Nutri-Score début 2024, ce qui représente environ 60 % du marché alimentaire français (la liste des marques est consultable sur le site de Santé publique France). Le combat est encore loin d’être gagné, parce que certaines grandes marques combattent le Nutri-Score depuis toujours, et de nouvelles marques se retirent suite à ces nouveaux ajustements…

D’après une enquête, 79 % des aliments ultra-transformés obtiennent un Nutri-Score jaune, orange ou rouge (C/D/E) selon une évaluation portant sur 220 000 produits alimentaires sur le marché français. Seuls 21 % d’entre eux obtiennent un Nutri-Score vert foncé ou clair (A/B).

L’impact positif du Nutri-Score sur l’amélioration des recettes et de la santé

Les effets positifs de l’affichage du Nutri-Score se vérifient directement dans l’amélioration des recettes des produits industriels, et donc de leur qualité sur le plan de la santé. C’est ce qu’a constaté encore une fois l’UFC-Que Choisir lors d’une étude menée entre 2015 et 2022. On observe des progrès significatifs dans les catégories de produits où le Nutri-Score est largement adopté. Par exemple, dans le rayon des produits de panification (pains de mie, biscottes), la proportion de Nutri-Score A et B est passée de 40 % en 2015 à 62 % en 2022. Des marques comme Harry’s et Jacquet ont réduit leurs taux de sel et de sucres, tout en augmentant les fibres. Dans le rayon des céréales du petit-déjeuner, les Nutri-Score A et B ont presque quintuplé, passant de 8 % à 38 %. Cette amélioration est due à des efforts pour limiter les matières grasses saturées (− 34 % en moyenne) et le sel (− 24 %). Les marques engagées dans cette démarche, comme Kellogg’s et Intermarché, dominent désormais ce secteur. L’étude pointe cependant aussi les limites de l’affichage volontaire. Dans des rayons où le Nutri-Score est peu présent, comme les biscuits industriels, les glaces et les sauces-condiments, on a constaté peu d’améliorations. Ces catégories restent dominées par des produits notés D ou E, ce qui tend à montrer que l’absence d’obligation freine les progrès. UFC-Que Choisir souligne ainsi l’importance de rendre obligatoire l’affichage du Nutri-Score afin de garantir une amélioration globale de la qualité nutritionnelle et une meilleure information des consommateurs.

Selon une étude menée par des chercheurs de l’OCDE en février 2024, l’emploi généralisé du Nutri-Score dans les 27 pays de l’Union européenne pourrait prévenir près de deux millions de cas de maladies non transmissibles entre 2023 et 2050. Cette initiative réduirait également les dépenses de santé annuelles, tout en favorisant l’emploi et la productivité au sein de l’UE.

Sélection
 

Fines tartines à la farine de seigle Jacquet
 

Nouveau Nutri-Score A (anciennement B). Sa richesse en fibres (8,7 g/100 g) fait remonter sa note.

2,89 € les 500 g sur www.courses.monoprix.fr.

 

Fromage blanc chèvre nature Soignon

Nouveau Nutri-Score A (anciennement C). Le lait de chèvre est une succulente alternative au lait de vache.

2,65 € les 4 pots de 100 g, disponible dans de nombreux commerces.

Génoise chocolat orange sans sucres Gerblé

Nouveau Nutri-Score A (anciennement B). Une petite note sucrée nouvellement notée A pour se faire plaisir de manière occasionnelle. Seul bémol : la recette contient un peu trop d’additifs.

2,99 € les 140 g, disponible dans de nombreux commerces.

 

Nuggets de poulet Picard

Un nouveau Nutri-Score A (anciennement B) qui peut toujours servir lors d’une envie de fast food épisodique.

2,99 € les 160 g sur www.picard.fr.

Rémi Moha